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Un écrivain adepte du paranormal et une amie plus sceptique se rendent dans un ancien hôtel abandonné et réputé maudit pour enquêter sur les évènements étranges qui s'y sont déroulés à différentes époques. Alors que les investigations sur place permettent de Alex de réunir des éléments pour son prochain livre, Rita semble vivre de plus en plus de sa présence entre ces murs. Dans son sommeil, elle se met à parler français langue qu 'elle ignore totalement...



Ivan Zuccon revient à la tête d'une adaptation de Howard Philip Lovecraft pour le cinéma, après le début d'une trilogie (incomplète à ce jour) basé sur l'extinction progressive de l'humanité dans un monde dominé par les Grands Anciens :(« L'ALTROVE », puis « MAELSTROM, IL FIGLIO DELL'ALTROVE » aka : « UNKNOWN BEYOND » déjà critiqué sur TOC par votre serviteur.) « The SHUNNED HOUSE » s'attaque en fait à trois nouvelles de Lovecraft : « la maison maudite », « la musique d'Erich Zann » et « la maison de la sorcière »

La maison maudite sert de trame générale à la narration, alors que les deux autres nouvelles font l'objet d'un traitement indépendant, renvoyant le spectateur à d'autres époques.
L'interprétation faite par Zuccon de la nouvelle de Lovecraft reste assez libre : nous retrouvons effectivement quelques éléments de la nouvelle (« l'héritage » français, la réputation sulfureuse de la maison, la chose fungoïde dans la cave). Même si la façon de combiner les trois nouvelles est astucieuse, cette partie se déroulant à l'époque moderne n'est cependant guère plus qu'un liant parfois longuet. Les autres adaptations sont de loin les plus intéressantes et on se demande au final si ce petit malin d'Ivan n'a pas essayer de grouper de façon artificielle trois idées qui autrement n'auraient été que des courts métrages.
L'épisode inspiré par « la maison de la sorcière » est pour sa part assez fidèle à la nouvelle de Lovecraft, même si Brown Jenkins disparaît au profit d'un tueur visiblement échappé d'un giallo transalpin, et relate les hantises nocturnes d'un mathématicien peu à peu possédé par l'esprit d'une sorcière démoniaque.
L'épisode tiré de "La musique d'Erich Zann, est sans doute le plus fidèle au matériau de départ et raconte l'histoire d'un homme fasciné par la musique nocturne jouée par sa voisine de chambre, une jeune violoniste nommée Carlotta Zann.

Si Unknown Beyond s'avérait plus que médiocre et beaucoup trop ambitieux pour les moyens mis en œuvres, il avait déjà permis de se rendre compte d'une certaine maîtrise technique de la part de son réalisateur. The Shunned House confirme le professionnalisme de ce dernier. Même si l'on devine sans mal un budget assez serré, les costumes et les décors (une bâtisse abandonnée qui, pour la petite histoire, disposait vraiment d'une chapelle) sont très bien utilisés et mis en valeur par un travail sur les éclairages digne d'éloges. La ou un autre réalisateur aurait rapidement plié un gros nanar horrifico-potache, Ivan Zuccon montre un réel talent de faiseur qui dépasse largement le niveau habituel de ce type de production : les cadrages sont soignés, les mouvements de caméra étudiés et les effets bien dosés. Le réalisateur s'inscrit plus que jamais dans la lignée de « l'Au-Delà » de Fulci.
Malheureusement le traitement en DV ne rend pas vraiment grâce au soin apporté à la réalisation et nivelle par le bas un part de l'atmosphère du film. Autre réserve sur la forme, l'usage abusif et incongru d'une lampe stroboscopique qui pique un peu les yeux.
Les acteurs (certains aperçus dans d'autres œuvres du réalisateur) assurent leurs rôles de façon honorable, à l'exception de l'interprète de Rita, la petite amie de l'écrivain, visiblement peu concernée par ce qui se passe et dont la présence semble être plus décorative qu'utile.

Concernant la narration, le visionnage de « The Shunned House » amène sont lot de bonne surprise et de déceptions. Comme précisé précédemment, nous avons droit à un film soigné très Lovecraftien dans son approche narrative qui privilégie l'atmosphère à l'action. Malheureusement, l'histoire de l'écrivain qui sert à relier entre elles les différentes époques est loin d'être palpitante, et l'ensemble du film en pâti un peu. Ajoutons à ça la volonté du réalisateur de mélanger les histoires et les époques, et il est fort probable que certains spectateurs seront perdus ou s'ennuieront un peu...

Certes, quelques effets peuvent faire sursauter, la partie du film inspirée d'Erich Zann comporte même un joli morceau de bravoure quand la violoniste repousse par sa musique, jusqu'à un climax assez gore et original, les assauts d'une puissance cosmique jamais montrée mais habilement évoquée.

Au final, « The Shunned House » s'avère un film très honnête, pour peu que l'on fasse l'effort de s'affranchir de son manque de rythme. Les amateurs devraient trouver leur compte dans cette triple interprétation d'œuvres du maître de Providence. Les fans hardcore de gore underground et autres aficionados d'Uncut Movies risquent cependant de rester sur leur faim.

Reste cependant un réalisateur prometteur dont il faudra guetter les films si d'aventure il arrive à obtenir de véritables moyens... Un « THE LOST BEYOND » devrait clore sa trilogie des « beyond », mais avant cela devraient sortir « NyMpha » et surtout un « Color from the dark », inspiré cette fois de « la couleur tombée du ciel »... une louable fidélité au mythe en tout cas.
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