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Frank Zito est un maniaque qui assassine et scalpe des jeunes femmes à New York...



William Lustig avait multiplié les petits travaux dans l'industrie cinématographiquedès l'âge de quinze ans. En 1977, à 22 ans, il accède au poste de réalisateur pourdeux films érotiques : The violation of Claudia (1977) et Hot honey(1977), tournés sous le pseudonyme Billy Bagg. A cette époque, il s'est lié d'amitiéavec l'acteur Joe Spinell. Celui-ci, italo-américain new-yorkais au visage très marqué,est alors spécialisé dans les films durs et urbains : on le retrouve dans Leparrain (1973) de Coppola, Taxi driver (1976) de Scorsese, Le convoi dela peur (1977) et Cruising (1979) de William Friedkin... Spinell et Lustig,tous deux amateurs de films d'épouvante, décident de travailler ensemble sur un projetde ce style, en refusant, autant que faire se peut, toute forme de concession. Spinellrédige lui-même l'histoire et interprète Frank Zito, le "Maniac" quiterrorise New York. L'horreur est alors à la mode dans le cinéma américain, et ontrouvait de nombreux exemples de films qui, réalisés sans le soutien de gros studios,dans des conditions flirtant parfois avec l'amateurisme, avaient touché le jackpot : Lanuit des morts-vivants (1968) de George Romero, La dernière maison sur la gauche(1972) de Wes Craven, Massacre à la tronçonneuse (1974) de Tobe Hooper ou Halloween(1978) de John Carpenter... Lustig se contente donc d'un budget modeste pour Maniac.Il parvient néanmoins à obtenir la présence de la belle Caroline Munro (Dracula 73(1972) avec Christopher Lee, Le voyage fantastique de Sinbad (1974), L'espionqui m'aimait (1977)...).
Le récit de Maniac, dans le plus pure style du film de serial killer, est d'unesimplicité biblique et se décline, particulièrement dans sa première partie, comme unesuccession de meurtres atroces, entrecoupée de séquences nous présentantle tueur maniaque, solitaire, dans sa chambre, livré à des symptômes aiguës deparanoïa, de dédoublement de la personnalité et de schizophrénie... Son périplecommence sur une plage, où il assassine un jeune couple, puis scalpe la jeune femme. Ilen orne ensuite la tête d'un mannequin disposé dans sa chambre, elle-même encombréed'un fatras de jouets et d'oeuvres d'art morbides. Il renouvellera ensuite ce cérémonialen s'en prenant à un couple sortant d'une boîte de nuit, puis à une infirmière.Pourtant, Frank finira par rencontrer Anna, une jeune et belle photographe, avec laquelleil va bien s'entendre...


A la manière de Halloween ou de Le voyeur (1960) de Michael Powell, Maniacsacrifie toute espèce de suspens en révélant très tôt l'identité du tueur.Plutôt qu'une énigme policière, on nous invite donc à suivre le trajet du serial killerFrank Zito de l'intérieur, en étant témoins de ses tourments. Zito partage de nombreuxpoints communs avec le Norman Bates du Psychose (1960) : écrasé dans sonenfance par une mère, aujourd'hui décédée, qui le maltraitait et l'humiliait, il vitun dramatique complexe d'Oedipe. Sexuellement impuissant, il se sent exclu des échangesamoureux traditionnels et s'invente une sexualité de substitution, dans laquelle lesstrangulations remplacent les étreintes, et les lames de couteaux, pénétrant dans lachair de ses victimes tiennent lieu de phallus. Comme Bates, encore une fois, il souffred'un dédoublement de la personnalité très marqué, puisque dans des dialoguesimaginaires, il tient à la fois son rôle et celui de sa mère. Certes, tout celapourrait sentir un peu trop la psychanalyse la plus balourde. Néanmoins, Lustig, par songoût de l'absurde et de l'excès (dans les très violentes scènes de meurtre bien sûr,mais aussi dans les monologues délirants et les visions de Zito...) pousse l'ensemblevers une dimension baroque, invraisemblable, presque fantastique, et parfois marquée parun certain humour noir. Surtout, Spinell incarne un excellent Maniac. Affligéd'un visage ravagé, son comportement oscille entre la folie meurtrière, l'infantilismele plus ridicule et des attitudes sociopathes (refus du contact physique notamment). Ilnous apparaît alors fragile et pathétique, particulièrement dans la séquence nocturneau cours de laquelle il contemple, émerveillé, dans les vitrines des grands magasins,les mannequins incarnant un univers féminin qu'il perçoit comme inaccessible, et dont ilsouffre de se sentir exclu.


Le style de Maniac est, par certains aspects, indéniablement marqué par seslimites financières. Lustig tourne essentiellement en décor naturel, particulièrementdans des sites urbains assez sordide, gangrenés par la saleté et la misère sociale oumorale. Couloirs du métro, quais, hôtels de passe... constituent donc le terrain deschasses nocturne de Zito, inscrivant le film dans un courant d'épouvante réalistedescendant directement de La dernière maison sur la gauche. Le réalisme, on leretrouve aussi dans les séquences de meurtres, exécutées (et en partie filmées) parTom Savini, ancien photographe militaire au Vietnam et considéré comme le spécialisteaméricain des effets gore, notamment suite à sa participation au très sanglant Zombie(1978) de Romero. Il signe ici quelques séquences extrêmement frappantes, notammentl'explosion de sa propre tête (Savini est aussi acteur dans Maniac) dans un planà la fois virtuose et terrorisant, qui remuera même les tripes des amateurs d'épouvanteles plus endurcis. A côté de cela, il nous gratifie de moult scalps, décapitations etcoups de couteaux explicites, souvent filmés en gros plans, dont se souviendra sans douteLucio Fulci pour L'éventreur de New York (1982), oeuvre proche, à bien despoints de vue, de Maniac.


Si il y a bien un caractère de Maniac qui lui permet de se distinguer de lamasse des "shockers" réalisés à peu de frais après les succès de Ladernière maison sur la gauche ou de Massacre à la tronçonneuse, c'est saréalisation, indéniablement très soignée. Les longues séquences de meurtresbénéficient d'un suspens savamment élaboré, soutenu par des mouvement de caméras etdes cadrages variés et efficaces (la poursuite dans le métro désert, la mort dumannequin...). On reconnaît dans ces passages l'influence de réalisateurs que Lustigadmirait alors : le John Carpenter de Assaut (1976) et Halloween, quicompensait ses budgets très serrés par une réalisation incroyablement rigoureuse ; oule Dario Argento de Les frissons de l'angoisse (1975), qui étirait avecvirtuosité la moindre séquence violente. D'ailleurs, Lustig a même avoué qu'ilcomptait employer l'actrice Daria Nicolodi (alors compagne d'Argento : on l'avait vu dansses films Les frissons de l'angoisse, Suspiria (1977)...) pour le rôlede la photographe. Un autre point fort de Maniac est sans aucun doute sabande-son ultra-travaillée, composée en grande partie de bruitages électroniquessurprenants et d'une musique pesante au très grand pouvoir suggestif. Malgré son maigrebudget, Maniac s'est même payé le luxe de voir sa bande sonore mixée en DolbyStereo, procédé alors plutôt réservé à de grosses productions (comme La guerredes étoiles (1977)) ou à des réalisateurs particulièrement perfectionnistes etinventifs (Argento avec Suspiria par exemple).


Certes, tout n'est pas parfait dans Maniac. Le récit peut sembler bien linéaireet banal, et le personnage de Caroline Munro, ainsi que sa relation avec Zito, paraissentavoir été bien sacrifiés. D'autre part, certaines invraisemblances (D'où vientl'argent du "Maniac" ?...) et certains traits psychanalytiques virant parfois augros cliché invraisemblable, font un peu coincer le film aux entournures.


Ces légers défauts sont largement compensés par les qualités de réalisation etd'atmosphère de ce Maniac, à la fois très dur et très triste.L'interprétation tragique et fragile de Spinell rend ce film à la fois mélancolique ettroublant. Toutefois, l'aspect pathétique de Zito a été souvent discuté : certains ontconsidéré que cette oeuvre semble se mettre du côté du tueur, chercher à nous lerendre sympathique. On lui a aussi reproché sa violence, considérée parfois comme tropgratuite. Ainsi, Savini lui-même a déclaré, peu de temps après la sortie du film,qu'il le jugeait bien trop malsain. Maniac connaîtra des problèmes de censure.Aux USA, il sort sans passer devant la commission de contrôle des films (comme l'avaitfait Zombie un peu plus tôt), ce qui rend délicat sa promotion et sadistribution, mais permet d'échapper à des coupes. En Angleterre, le film a étéintégralement interdit jusqu'en l'an 2002 (!), où il aura enfin le droit d'êtredistribué, avec néanmoins presque une minute de coupes. En France, il est montré aumarché du film à Cannes en 1980, puis sort chez l'éditeur René Chateau dans sacélèbre collection de vidéo "Les films que vous ne verrez jamais à latélévision", aux côtés d'autres oeuvres mythiques comme Zombie, Massacreà la tronçonneuse ou Chair pour Frankenstein (1974) de Morrissey etMargheriti. Il ne sort en salles qu'en mai 1982, après que la censure française se soitlargement libéralisée en mai 1981, abolissant rapidement toute coupe dans les oeuvres ettoute interdiction totale de films de fiction (comme cela avait été le cas pour Zombieen 1978). Lustig réalisera ensuite d'autres films violents, comme Justice armée (1981)ou Maniac cop (1988) avec Bruce Campbell. Toutefois sa carrière fléchira dansles années 1990, et sa dernière réalisation est Uncle Sam (1997). Il s'estensuite consacré à l'édition, aux USA, de titres classiques du cinéma fantastique enDVD, chez Anchor Bay, en publiant notamment des oeuvres célèbres de Fulci ou Argento. UnManiac 2 : Docteur Robbie (non réalisé par Lustig) a été envisagé à la findes années 1980, mais seules quelques minutes ont été tournées et montées, pourtenter d'attirer des investisseurs ; ce projet a été abandonné avec la mort de JoeSpinell en 1989.


Bibliographie consultée :

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