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A Londres, Alan Foster, un journaliste désargenté, parie dix livres qu'il est capable de passer toute la nuit de la Toussaint dans le château des Blackwood, réputé hanté...



Danse macabre est le premier film fantastique réalisé par Antonio Margheriti.Celui-ci a d'abord commencé à travailler dans le cinéma italien dans les années 1950à divers postes (assistant, scénariste, trucages...). Puis, le producteur GoffredoLombardo, de la grande firme Titanus, lui proposa de réaliser Space men (1960),un des premiers films italiens de science-fiction, pour lequel Margheriti prend lepseudonyme d'Anthony Daisies ; il apprit que "Daisies" avait en fait uneconnotation sexuellement équivoque aux USA, et il changea rapidement son pseudoanglicisant en Anthony M. Dawson à partir de 1962 ! Puis il travailla sur diversesproductions d'aventures (science-fiction pour Il pianeta degli uomini serpenti (1962),"1001 nuits" avec La freccia d'oro (1962)...) avant de commencer àtravailler sur Danse macabre. Il avait été initialement prévu que ce film soitréalisé par Sergio Corbucci, alors en pleine période péplum avec Maciste contre lefantôme (1961) ou Le fils de Spartacus (1962), ce dernier étantinterprété par Steve Reeves la star du genre ; mais Corbucci est surtout célèbre pouravoir réalisé, plus tard, quelques-uns des meilleurs western-spaghettis : Django(1966) avec Franco Nero, Le grand silence (1968) avec Klaus Kinski et Jean-LouisTrintignant.... Etant pris ailleurs à ce moment, il ne tourna que quelquesplans de Danse macabre, qui est donc avant tout l'oeuvre de Margheriti. Ce filmsurfait sur les succès des premiers films d'horreur gothiques italiens : Lemoulin aux supplices (1960) de Girgio Ferroni et surtout Le masque du démon(1960) de Mario Bava, ce dernier ayant rencontré un bon succès aux USA où il avaitété distribué par la firme AIP. Dès lors, l'Italie s'éveilla à l'épouvante et proposa de nombreuxtitres de ce style, allant concurrencer les anglais de la Hammer (Frankenstein s'estéchappé ! (1957) de Terence Fisher...) et les américains de l'AIP (La chute dela maison Usher (1960) de Roger Corman...) sur leurs propres terres. Parmi les titresles plus fameux de cette vague d'horreur gothique à l'italienne, citons L'effroyablesecret du docteur Hichcock (1962) de Riccardo Freda, La crypte du vampire(1963) de Camillo Mastrocinque, Les amants d'outre-tombe (1965) de MarioCaiano... Danse macabre propose en plus la présence de Barbara Steele, actricequi, depuis Le masque du démon est devenue la star de l'épouvante latine, oùelles multiplient les rôles de victimes, de sorcières ou de fantômes (L'effroyablesecret du docteur Hichcock, Les amants d'outre-tombe...) ; on l'avait aussivu à cette époque tenir un rôle dans le film d'horreur gothique américain Lachambre des tortures (1961) de Roger Corman, d'après Edgar Poe ; puis, plusinattendu, dans 8 et demi (1963), le chef-d'oeuvre de Frederico Fellini. Elle estaccompagnée dans Danse macabre par le français George Rivière (vu dans leserial allemand Les mystères d'Angkor (1960) de William Dieterle et RichardAngst, Le passage du Rhin (1960) qui valut un Lion d'Or à Venise à sonréalisateur André Cayatte, L'atlantide (1961) d'Edgar G. Ulmer et GiuseppeMasini, Le jour le plus long (1962)...). Edgar Allan Poe lui-même apparaît dansce film sous les traits de Silvano Tranquilli (L'effroyable secret du docteur Hichcock,Les fantômes de Hurlevent (1970) de Margheriti, le giallo La tarentule auventre noir (1972) de Paolo Carva, L'incroyable homme-puma (1980) d'AlbertoDe Martino...).
Alan Foster est un jeune journaliste vivant à Londres. Un soir, il rencontre dans uneauberge l'écrivain Edgar Allan Poe, dont il est un admirateur. Celui-ci récite alors sanouvelle Bérénice à son ami lord Blackwood. Ce dernier explique ensuite qu'ilest propriétaire d'un château familial réputé hanté. Il est prêt à parier centlivres avec Alan Foster qu'il n'est pas capable d'y passer la nuit de la Toussaint,réputée être la nuit des morts. Foster accepte, mais pour dix livres seulement, car iln'a pas les moyens de s'engager dans des dépenses trop importantes. Poe et Blackwoodl'accompagnent en pleine nuit jusqu'aux grilles de la sinistre demeure. Alan y rentre et,après quelques instants, finit par être accueilli par Elizabeth, qui dit être lasœur de Lord Blackwood. Elle lui explique que son frère organise ces parisidiots tous les ans. Alan et Elizabeth tombent amoureux. C'est le début d'une nuit deterreur... Dans Danse macabre, la présence à l'écran d'Edgar Allan Poe,remarquablement campé par Silvano Tranquilli, est relativement courte (au début et à lafin du métrage), mais elle a le mérite de situer le récit dans un contexte fantastiqueprécis, à travers lequel Margheriti inscrit son oeuvre dans la lignée des travaux dumaître de Baltimore. Ce n'est pourtant pas la première fois qu'on voit Poe sur un écrande cinéma, puisqu'il avait déjà été incarné par des acteurs, notamment dans desœuvres retraçant sa biographie, comme Edgar Allan Poe (1909) de D. W.Griffith ou The raven (1915) de Charles Brabin.


Danse macabre étonne d'abord par sa manière de brasser un grand nombres demythes du fantastique. La simple lecture du sujet renvoie évidemment aux films de maisonshantées (et particulièrement à La nuit de tous les mystères (1958) del'américain William Castle, dans lequel Vincent Price invite cinq personnes à passer lanuit dans une demeure réputée hantée en échange de 10.000 dollars). On n'échappe doncpas aux errances, chandelier au point, parmi les salons décrépis, les escaliers couvertsde toiles d'araignées, et autres cryptes sinistres. Il n'est pas illogique, parconséquent, d'y trouver des éléments évoquant les films de fantômes, notamment lesœuvres dans lesquelles se mêlent romantisme et fantastique, comme L'aventure demadame Muir (1947) de Mankiewicz ou Pandora (1951) d'Albert Lewin, mettant tous deux en scène une passion contre-nature entre un spectre et un vivant. Parcontre, on est plus étonné par les éléments renvoyant à des films de zombies, voirecarrément au vampirisme. Il se dégage dès lors de Danse macabre une impressionde richesse thématique assez surprenante, mais aussi de léger fouillis.


Le cœur de Danse macabre, c'est Elisabeth Blackwood, recluse dans cechâteau, selon elle par la volonté de son frère. Personnage passionnée, d'unesensualité et d'une liberté peu en harmonie avec son milieu (l'aristocratiebritannique), elle provoque le désir et est sollicitée autant par les hommes (son mari,mais aussi son mystérieux amant, qu'on devine roturier) que par les femmes (la jalouseJulia, ce qui donne lieu à une scène de saphisme considérée, en son temps, comme d'unegrande audace). Tout cela va provoquer une succession de drames sanglants. Ce personnage,formidablement interprété par Barbara Steele, ici dans un des plus fameux rôles,imprime à Danse macabre un lyrisme funeste, un romantisme noir et unesensualité réelle.


Au-delà de son romantisme d'outre-tombe, Danse macabre fascine par songoût pour la confusion. Au fur et à mesure de sa progression, le film ménage desrebondissements, parfois prévisibles, parfois surprenants, que subissent à la fois lespectateur et Alan. Dans cette maison où le passé et le présent, le monde des mortelset l'au-delà sont mêlés, il devient difficile de distinguer ce qui appartient à laréalité ou au surnaturel. Tout ce jeu sur l'ambiguité des apparences et sur la façondont on peut faire surgir le fantastique de façon inattendue derrière la normalité vapermettre de dégager une forme de poésie étrange tout à fait envoûtante, qu'on auraitjamais retrouvée dans un film d'épouvante gothique anglais ou américain de la mêmepériode. Par contre, on pense à certains films de Mario Bava, et particulièrement à Lisaet le Diable (1972), qui partage bien des points communs avec Danse macabre (ambiguïtéde la chronologie des évènements, maison mystérieuse, refus du happy end...). Ce filmde Margheriti semble donc être une source de ces films fantastiques italiens quin'hésitent pas à sacrifier la cohérence et la rigueur narrative pour aboutir à unrésultat poétique et fantastique (Inferno (1980) ou Terreur à l'opéra(1987) de Dario Argento, L'au-delà (1981) de Lucio Fulci, DellamorteDellamore (1994) de Michele Soavi...).


Toutefois, Danse macabre est, par certains côtés, assez inégal. Les momentstrès forts (le massacre autour du lit, le final...) alternent avec quelques passages unpeu ennuyeux et répétitifs comme ces longues errances dans la demeure hantée. Certainesscènes semblent un peu plaquées, comme l'arrivée du jeune couple, presque à la fin dufilm, qu'on peut trouver un peu gratuite.


Néanmoins Danse macabre reste une bonne réussite de l'épouvante gothiqueitalienne, riche d'intenses moments de romantisme et de poésie funèbre. Margheriti vaensuite persévérer dans l'épouvante avec La vierge de Nuremberg (1963)(tournée après Danse macabre, mais sortie avant) interprété par Barbara Steele etChristopher Lee, puis La sorcière sanglante (1964), toujours avec BarbaraSteele. Margheriti alternera ensuite, au gré des modes et des commandes, films descience-fiction, d'espionnage, giallo, westerns... Surtout, il réalisera Lesfantômes de Hurlevent (1970), remake en couleurs de Danse macabre, danslequel Anthony Franciosa (Un homme dans la foule (1957) d'Elia Kazan, Ténèbres(1982) de Dario Argento...) reprend le rôle d'Alan Foster ; Michèle Mercier (Lestrois visages de la peur (1963) de Mario Bava, Angélique, marquise des anges(1964)...) remplace Barbara Steele ; et, last but not least, Klaus Kinski (Aguirre, lacolère de Dieu (1972) de Werner Herzog...) interprète Edgar Poe !



Bibliographie consultée :

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