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La voix sépulcrale de Vincent Price vous souhaite la bienvenue dans l'univers macabre del'écrivain Edgar Allan Poe ! Trois de ses contes vont vous être contés : Morella,Le chat noir et L'étrange cas de monsieur Valdemar...



La chute de la maison Usher (1960) d'après Edgar Poe, film d'horreur gothiqueréalisé par Roger Corman, interprété par Vincent Price et produit par la petitecompagnie américaine AIP, a connu un si beau succès qu'il allait être le premier d'unesérie de huit adaptations du célèbre écrivain américain par cette même équipe (cecycle Poe-Corman s'acheva avec La tombe de Ligeia (1964)). Ainsi, après Lachute de la maison Usher, on vit La chambre des tortures (1961) (d'après lanouvelle Le puits et le pendule) puis L'enterré vivant (1962) (d'aprèsL'enterrement prématuré ; c'est le seul film de ce cycle sans Vincent Price).Les profits sont si alléchants que l'AIP veut encore des adaptations de Poe. Bien queCorman commence à se lasser de signer des adaptations de cet écrivain, il accepte encorede tourner L'empire de la terreur. Il s'agit d'une anthologie de trois sketchsd'une demi-heure chacun, d'après trois nouvelles d'Edgar Poe : rappelons que le genre dufilm fantastique à sketch avait été bien abandonné depuis le célèbre Aucœur de la nuit (1945). Vincent Price tient dans chacune des trois histoires undes rôles principaux. Il est bien entouré, puisqu'on retrouve des vedettes du cinémafantastique de l'entre-deux guerres : dans Le chat noir, on croise Peter Lorre (Mle maudit (1931) de Fritz Lang, Les mains d'Orlac (1935) de Karl Freund...)
dans L'étrange cas du docteur Valdemar, Price est confronté à Basil Rathbone
(Le fils de Frankenstein (1939) de Rowland V. Lee, Le chien des Baskerville(1939)...). Corman est, comme pour les trois précédents films du cycle, entouré par sasolide équipe de techniciens : Richard Matheson rédige les scénarios ; Daniel Hallerfait les décors ; Floyd Crosby se charge de la photographie et Les Baxter compose lamusique.
Le premier sketch est une adaptation de la nouvelle Morella. Lenora, une jeunefemme de 26 ans, vient rendre visite à son père. Cet homme vit seul dans une bâtissedélabrée et n'a jamais voulu voir Lenora depuis que son épouse Morella est morte en luidonnant naissance... On note d'assez nombreux aménagements dans le récit : alors que letexte de Poe s'intéresse surtout au rapport insolite entre le narrateur et son épouse,c'est ici les liens l'unissant à sa fille qui dominent l'action. Surtout, la fille neporte plus le même nom que sa mère décédée, ce qui était pourtant l'idée macabre aucœur de la nouvelle.


Il n'en reste pas moins que ce Morella s'inscrit dans la plus pure tradition desfilms d'horreur gothique de l'AIP : Vincent Price incarne un aristocrate désespéré etmorbide vivant dans une demeure sinistre ; des liens familiaux ambiguës unissent lespersonnages ; une légère tendance à la nécrophilie est à signaler ; on erre dans desombres couloirs, chandeliers à la main... et le tout se termine dans un inévitableincendie. On regrette tout de même que les liens entre Locke et sa fille soientsoulignés par des bavardages conventionnels et un peu mélodramatiques. Il s'agit d'unrécit classique, certes, mais souffrant aussi d'un certain manque d'originalité et derythme. Matheson s'est d'ailleurs plaint que son travail d'adaptation ait été dénaturéau moment du tournage ; il a aussi dénigré l'interprétation, bien trop"gentille", de Leona Gage. On admire néanmoins toujours le talent de VincentPrice et les décors magnifiques.


Le second épisode est une transposition pour le moins insolite du célèbre conte Lechat noir. Montresor Herringbone en fait voir de toutes les couleurs à sa femme :ivrogne impénitent, il dépense sans compter l'argent du ménage dans toutes les tavernesde la ville. Il s'invite à un congrès de négociants en vin où il fait la connaissancede Fortunato, un maître goûteur de vin au comportement raffiné. Ce dernier vas'éprendre de la femme de Montresor... C'est sur le ton de la comédie fantastique qu'estici transposé cette très fameuse nouvelle. L'adaptation est par ailleurs rehausséed'éléments issus d'un autre texte de Poe : La barrique d'Amontillado.


Si l'idée de voir traiter Poe sur le mode de la parodie pourrait rendre méfiant, il fautpourtant constater que la réussite est ici complète. Le travail d'adaptation est trèshabile et, surtout, Peter Lorre et Vincent Price s'y montrent d'impayables comiques. Laconfrontation de leurs deux personnages dans un concours de type "taste-vin" esthilarante : alors que Price appuie jusqu'au ridicule les mimiques précieuses de sonpersonnage maniéré, Lorre se conduit comme un impoli notoire. On s'amuse beaucoup, on nes'ennuie pas un instant, et c'est à peine si on peut reprocher ici ou là des petitesfautes de goût (le cauchemar de Montresor...). Corman avouait avoir voulu introduire del'humour dans ce sketch, car il était un peu las d'adaptater Poe de façon sérieuse.Cette réussite l'encouragera à persévérer dans cette direction avec Le corbeaud'Edgar Poe, une autre comédie fantastique dans laquelle Price et Lorre sontrejoints par Boris Karloff (Frankenstein (1931)...). En tout cas, Le chatnoir est un vrai régal !


Le dernier volet de L'empire de la terreur transpose L'étrange cas demonsieur Valdemar. Monsieur Valdemar, mourant, autorise, malgré l'oppositionformelle de son médecin, le mesmériste Carmichael à le plonger dans une transehypnotique juste avant que la vie ne le quitte, afin de faire des expériences. Lesrésultats vont être pour le moins étonnants et Carmichael va se révéler être uncruel malfaiteur... L'idée générale de la nouvelle est tout à fait respectée tandisque l'adaptation étoffe intelligemment le récit de nouvelles péripéties. L'hypnotiseurdevient un être malfaisant, très bien interprété par un Basil Rathbone dont le regardnoir semble bouillir de cruauté et d'égoïsme. Price est ici un très brave hommevictime d'un charlatan sans scrupule : cela le change de ses habituels emplois deméchants et de névrosés. Il s'agit donc d'un bon sketch, porté par deux remarquablescomédiens.


L'empire de la terreur est une belle réussite de Corman dans le genre, délicat,du film à sketch. Son film suivant sera une oeuvre d'épouvante médiéval : Tower ofLondon (1962), à nouveau avec Vincent Price, inspiré entre autres par La tourde Londres (1939) produit par la Universal et interprété en son temps par Boris Karloff et BasilRathbone. Corman reviendra à Edgar Poe en 1963 avec Le corbeau d'Edgar Poe,penchant nettement vers la comédie.



Bibliographie consultée :

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