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Des policiers découvrent une fillette traumatisée, seule dans le désert du Nouveau-Mexique. Sa famille a été massacrée par des fourmis devenues géantes suite à un l'essai d'une bombe atomique dans la région...



Le réalisateur américain Gordon Douglas a commencé comme acteur très jeune, avant depasser à la réalisation, notamment pour des courts-métrages de la série comique Lespetites canailles ; puis il tourne des comédies (notamment le Laurel et Hardy Encroisière (1940)). Sa carrière décolle vraiment quand il rentre à la Warner Brosen 1950 : il se fait un nom dans les domaines du film noir (Le fauve en liberté(1950) avec James Cagney, Le détective (1968) avec Frank Sinatra...) et duwestern (Sur la piste des Comanches (1958)...). Il n'aborda que peu lefantastique, mais Des monstres attaquent la ville est néanmoins devenu unclassique du genre. On était alors en plein boum de la science-fiction aux USA : ainsi laRKO sort La chose d'un autre monde (1951) de Hawks et Nyby ; la Fox propose Lejour où la Terre s'arrêta (1951) de Robert Wise ; Universal produit Lemétéore de la nuit (1953) de Jack Arnold ; surtout, la Paramount propose Lechoc des mondes (1951) et La guerre des mondes (1953) produits par GeorgePal. Bref, les classiques du genre sortent à un bon rythme. La Warner va suivre lemouvement timidement avec une petite production : Le monstre des temps perdus(1953) d'Eugène Lourie, qui connaît un beau succès. De plus, le triomphe de L'hommeau masque de cire (1953), un film d'horreur assez classique, comme on en produisait àHollywood dans les années 30 (Frankenstein (1931)...), encourage cette firme àpersévérer dans le surnaturel. Elle produit donc Des monstres attaquent la ville dansla tradition de la SF du moment. Le film est interprété par des solides comédiens,comme James Whitmore (Quand la ville dort (1950) de John Huston, La planètedes singes (1968) de Franklin J. Shaffner, Les évadés (1994) de FrankDarabont...), Edmund Gwenn (Sylvia Scarlett (1936) de George Cukor, Le mortqui marche (1936) de Michael Curtiz, Mais qui a tué Harry (1955) d'AlfredHitchcock...)...
L'attaque de fourmis géantes atomiques a commencé !


On avait déjà vu des fourmis très agressives dans le film d'aventures Quandle Marambuta gronde (1954) de Byron Haskin avec Charton Heston (des hordesde fourmis rouges s'en prenaient à une plantation). Mais Des monstresattaquent la ville a pour particularité de mettre en scène desanimaux anormalement gigantesques massacrant des humains. Certes, on avait déjà vu lesinge colossal King Kong (1933) semer la mortet le chaos dans New York, mais il n'avait pas vraiment fait d'émules. Toutefois, en1953, Le monstre des temps perdus réalisé par Eugène Lourie, avec des trucagesde Ray Harryhausen (Jason et les argonautes (1963)...), propose les aventuresd'un dinosaure qui, réveillé à notre époque par une bombe atomique, apporte la terreurdans une ville américaine : cela rappelait King Kong, ainsi que Le mondeperdu (1925) de Harry O. Hoyt dans lequel des dinosaures aggressifs étaient lâchésaccidentellement dans Londres. Le monstre des temps perdus est un succès et laWarner produit donc en 1954 Des monstres attaquent la ville, énorme triomphe àsa sortie ; ces deux films vont déclencher toute une vague d'imitations. Universal varapidement proposer Tarantula (1955) réalisée par Jack Arnold,son spécialiste de l'époque en matière de surnaturel : suite aux expériencesimprudentes d'un savant, une araignée immense terrifie les États-Unis. S'en suit unesuccession d'agressions terribles commises par des animaux auxproportions démesurées : pieuvres (Le monstre vient de la mer (1955) de RobertGordon), scorpions (Le scorpion noir (1957) d'Edward Ludwig), mantes religieuses (La chose surgie des ténèbres (1957) de Nathan Jura pour laUniversal), sauterelles (Beginning of the End (1957) de Bert I. Gordon)... C'està ce courant qu'on peut rattacher la première apparition du lézard géant japonais Godzilla(1954), réveillé par une bombe atomique dans ce film fondateur de Ishiro Honda, ainsique ses nombreuses suites (Le retour de Godzilla (1955)...), produits dérivés (Rodan(1956), le gigantesque ptérodactyle...) et concurrents (Gamera the invicible(1965), la tortue colossale...). Même les hommes verront leurs proportions changer aprèsavoir été exposés à des rayonnements radioactifs (le géant de Le fantastique hommecolosse (1957) de Bert I. Gordon, ou, inversement, L'homme qui rétrécit(1957) de Jack Arnold...).


Toutefois, la science-fiction va se démoder et il faut attendre le retour en grâcede ce genre (avec La planète des singes (1968) entre autres...), combiné au comeback des spectaculaires films-catastrophe (La tour infernale (1974) d'Irwin Allenet John Guillermin...), pour voir revenir de très nombreuses invasions d'animaux géants
si certaines œuvres revendiquent un certain réalisme (le requin de Les dents
de la mer (1975) de Spielberg...), d'autres relèvent clairement du domaine de lascience-fiction. Cela nous permet au passage de retrouver des fourmis dans Phase IV(1973) de Saul Bass (des fourmis normales, mais très bien organisées, mènent une guerresans pitié contre les humains) ou L'empire des fourmis géantes (1977) de BertI. Gordon (des touristes arrivent dans une région tropicale infestée de gigantesquesfourmis). On croise aussi de nombreuses autres espèces d'animaux agressifs, comme desours (Grizzly (1976)...), des chauves-souris (Morsures (1979)...), descrapauds (Frogs (1972)...)...


Enfin, une dernière vague très récente de film d'animaux monstrueux s'est abattue surle cinéma américain après l'annonce du tournage du remake américain Godzilla (1998)par Roland Emmerich et le succès d'Anaconda (1997) de Luis Llosa. On a alors vudéfiler au cinéma des cafards géants (Mimic (1997) de Guillermo Del Toro), desrequins mutants (Peur bleue (1999) de Renny Harlin...), des alligators (Lakeplacid (1999) de Steve Miner...), des araignées gigantesques (Arac Attack(2002) de Ellory Elkayem...)... Pendant ce temps-là, des titres du même genre, mais auxbudgets plus serrés, ont envahi les vidéos-clubs : Crocodile (2000) de TobeHooper, Shark attack (1999), Arachnid (2001) de Jack Arnold... Si lepéril atomique est moins systématiquement invoqué, c'est désormais les dangers de lagénétique que ces œuvres mettent souvent en cause (Peur bleue, Mimic...).On note que le téléfilm Legion of Fire: Killer Ants! (1998) de Jim Charlestonet George Manasse présente encore une terrible invasion de fourmis tueuses en Alaska.



"Them !"


Dans la tradition du cinéma de science-fiction des années 50, Des monstres attaquentla ville aborde son argument fantastique sous un angle résolument réaliste. C'estqu'en matière d'anticipation, pour faire frissonner le spectateur, il faut développer lerécit dans un cadre vraisemblable, crédible. On est donc bien loin des ambiancesdépaysantes et fantasmatiques des films d'horreur des années 30 (Dracula (1931)de Tod Browning, La fiancée de Frankenstein (1935)...). Alors que lesœuvres d'épouvante d'avant-Guerre proposaient un divertissement permettant auspectateur de se distraire de ses soucis quotidiens, la SF des années 50 va exorciser lesangoisses de l'après-Guerre : guerre froide larvée, atome destructeur, voyagesintergalactiques... sont autant de nouvelles problématiques que doit affronter lasociété américaine. Des monstres attaquent la ville met donc en garde, comme Lejour où la Terre s'arrêta, contre les dangers de la bombe atomique (alors enpossession des USA et de l'URSS) et de ses effets secondaires : en effet, des fourmisvivant sur un terrain où s'est déroulé un essai nucléaires deviennent gigantesques ;les humains comprennent rapidement que ces insectes vont devenir une menace pour leuravenir. Outre la prise de conscience écologique, ce film met donc en scène unedangereuse invasion fantastique s'abattant sur l'humanité (un peu à la manière de Laguerre des mondes par exemple). L'idée de la créature ayant muté et étant devenuedangereuse après avoir été exposée à des radiations atomiques est alors asseznouvelle : elle est promise à un très grand avenir.


Des monstres attaquent la ville
illustre avec moult détails les réactions dugouvernement et des instances officielles (armée, scientifique...), ce qui participe dela très grande crédibilité de son récit, même si cela provoque quelques bavardages unpeu lents. Les agents de l'Etat fédéral mènent une enquête richement développée,plus proche d'un bon film policier que d'une oeuvre d'épouvante. De plus, les pouvoirsdes fourmis géantes nous sont expliqués par le biais d'un véritable reportage sur lesfourmis communes, dans lequel on démontre leur force physique et leur volontébelliqueuse. Au spectateur, alors, d'imaginer ce que ces insectes mesurant désormaistrois mètres de long seraient capables de faire ! Notons au passage la très hautequalité de l'interprétation qui aide aussi à rendre le film entraînant et convaincant.


Bien que cette oeuvre soit solidement ancrée dans le réel, une grande force de Desmonstres attaquent la ville est de ne pas négliger le caractère angoissantinhérent aux images fantastiques. Ainsi, le prologue est une très grande réussite : lespoliciers découvrent en plein désert une fillette marchant, hagarde. Puis ils explorentdes habitations dévastées par une force monstrueuse, avant qu'une tempête redoutable nes'abatte sur eux. Sans qu'on ait vu à aucun moment la menace pesant sur les policiers(les monstres), une atmosphère troublante est déjà installée, notamment grâce à uneréalisation très maîtrisée et à l'utilisation de visions fantastiques très efficaces(la fillette au milieu du désert filmée d'un avion, le cadavre dans la cave, le murtroué ouvrant sur le désert où soufflent des bourrasques de vent...).


Des monstres attaquent la ville est surtout impressionnant au cours de sescélèbres scènes d'affrontement entre hommes et fourmis. Les insectes géants ont étéréalisés grandeur nature, avec des technologies qu'on imagine coûteuses et complexes :il faut toutefois reconnaître qu'aujourd'hui la première apparition d'une fourmi dans ledésert n'est pas très convaincante. Pourtant, Douglas parvient rapidement à nous faireoublier ce léger problème en réalisant avec beaucoup de convictions ses scènes debagarres, admirables de nervosité, de fluidité et de tension. Évidemment, lesséquences d'exploration des fourmilières géantes sont inoubliables. Bénéficiant desuperbes décors, ces expéditions destructrices dans des corridors sombres (ce qui permetde cacher en partie certains défauts des fourmis mécaniques), jouant habilement sur labande-son (le fameux "chant" des insectes géants qui signale leurs présencesinvisibles), bénéficient d'un suspens très impressionnant. Les soldats y affrontent àla mitrailleuse des monstres aux mandibules démesurées : cesbatailles dans des labyrinthes sinistres sont encore aujourd'hui très impressionnantes etont notablement influencé le cinéma fantastique à venir (Les Alien bien sûr,mais aussi Le monstre est vivant (1974) de Larry Cohen, dont le final dans leségouts est un hommage direct à Des monstres attaquent la ville). Ainsi, lesassauts au lance-flamme sont extrêmement forts, notamment grâce aux apocalyptiquesimages d'insectes enflammés continuant à s'agiter désespérément.


Des monstres attaquent la ville est donc un film trés réussi. Si on peut luireprocher quelques bavardages légèrement ennuyeux, il bénéficie d'un rythme d'ensembletrès convaincant et de nombreuses séquences inoubliables. De plus, il s'agit d'une dateincontournable de l'histoire du cinéma fantastique hollywoodien : il influencera de trèsnombreux films de science-fiction jusqu'à nos jours.



Bibliographie consultée

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