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Steve et Babe, deux aventuriers sans le sou, découvrent, sur un vase très ancien, des indications leur indiquant la cachette de la tombe de la princesse Ananka. Mais celle-ci est protégée par les prêtres de Karnak et la momie vivante de Kharis...



Dans la première moitié des années 30, la firme Universal ne donnera pas de suite à La momie (1932) de Karl Freund. Il faut attendre la "seconde vague" des films d'horreur Universal (à partir de 1939) pour voir ré-apparaître ce monstre dans une série de films amorcée par La main de la momie. Cette oeuvre est confiée à Christy Cabanne, un réalisateur expérimenté qui avait commencé en assistant D.W. Griffith sur Judith de Betulie (1913) et en co-réalisant avec Raoul Walsh (La charge fantastique (1941)...) un documentaire consacré à la révolution mexicaine : Life of Villa (1912). Il devint ensuite un réalisateur extrêmement productif, travaillant plutôt avec des budgets modestes, notamment dans le domaine du western (La ville de l'or (1935)...). Cabanne oeuvra aussi pour l'Universal (Tempête sur les Andes (1935), Mutinerie sur le Blackhawk (1939)...), pour laquelle il va tourner ce film d'horreur, La main de la momie. C'est Dick Foran (un acteur plutôt habitué aux seconds rôles : La forêt pétrifié (1936) aux côtés de Bette Davis, Le massacre de fort Apache (1938) de John Ford...) qui tient le rôle du jeune premier. Son compagnon d'aventures est incarné par Wallace Ford, à la carrière assez intéressante (le clown Phroso dans La monstrueuse parade (1932) de Tod Browning, La patrouille perdue (1934) de John Ford, The mysterious Mr. Wong (1935) aux côtés de Bela Lugosi ...). Surtout, le maléfique Andoheb, grand prêtre de Karnak, est interprété par George Zucco, spécialiste des rôles de méchant dans les films fantastiques des années 40 (il incarne Moriarty dans Sherlock Holmes (1939) avec Basil Rathbone ; on le rencontre dans The mad ghoul (1943) de James P. Hogan, La maison de Frankenstein (1944) de Erle C. Kenton...). Enfin, la momie Kharis est incarnée par Tom Tyler, ancienne star de western (Battling with Buffalo Bill (1931)...) dont la carrière s'émoussait un peu ; on devait le retrouver en super-héros dans les serial Adventures of captain Marvel (1941) et The phantom (1943) (ce dernier mettant en scène le Fantôme du Bengale). C'est à nouveau le maquilleur Jack Pierce (Frankenstein (1931), La momie...) qui conçoit le costume de la momie.
Suite à divers problèmes internes à son organisation (Carl Laemmle, fondateur de la Universal, est mis à la retraite par les actionnaires de sa compagnie), à des déboires financiers et à des problèmes avec la censure (britannique notamment), la compagnie Universal modifia sa politique de production : entre autres, elle cessa, à partir de 1936, de produire des œuvres d'épouvante, qui lui avaient pourtant rapporter quelques beaux succès (Dracula (1931) de Tod Browning, Frankenstein et La fiancée de Frankenstein (1935) de James Whale...). Toutefois, une ressortie en double-programme de Dracula et Frankenstein marcha très bien, et Universal se décidera à produire Le fils de Frankenstein (1939) de Rowland V. Lee, avec Boris Karloff (Frankenstein...) et Bela Lugosi (Dracula (1931)...). C'est le début d'une nouvelle ère de l'horreur chez cette compagnie, qui, au début des années 40, va notamment faire renaître ses monstres les plus populaires. Ainsi, dès 1940, on assiste à Le retour de l'homme invisible (1940) de Joe May, ainsi qu'à la résurrection de la momie dans La main de la momie, début d'une nouvelle tétralogie. Suivront en effet La tombe de la momie (1942), Le fantôme de la momie (1944) et La malédiction de la momie (1944). Pourtant, la nouvelle série de films consacrés au monstre à bandelettes reste prudente : acteurs souvent de second rang, recyclage de décors ayant servis dans des productions plus prestigieuses de la Universal, usage abondant de stock shot, budgets serrés... On est clairement plus proche de la série B que des productions horrifiques plus prestigieuses du début des années 30.

Il est important de noter que, dans cette nouvelle saga, ce n'est plus l'Imhotep de La momie de 1932 qui est ramené à la vie, mais un certain Kharis au destin fort semblable. D'autre part, on ne rend plus la vie à la momie en lui récitant une formule magique, mais en lui faisant boire une concoction à base de feuilles de Tana. Néanmoins, à quelques détails près, le récit de La main de la momie reste fort proche du film de Karl Freund, notamment en ce qui concerne les origines de Kharis : il a été momifié vivant pour le punir d'avoir volé des feuilles sacrées de Tana afin de ramener à la vie la princesse Ananka dont il était épris. Des archéologues à la recherche de la tombe de cette princesse vont donc subir le courroux de Kharis et de la redoutable secte des prêtres de Karnak. Comme on le voit, le thème de la momie n'est guère renouvelé, et, comme dans les trois films suivants de la série, Kharis est avant tout un tueur horrible et muet, se déplaçant lentement d'une victime à l'autre. On est tout de même bien loin du personnage élaboré et attachant composé par Karloff dans La momie.

Pourtant, il serait injuste de dire que La main de la momie n'a pas d'atout dans son jeu. L'action se déroule dans le cadre d'un film d'aventures archéologiques et exotiques plein de charme. Les héros sont tous bien interprétés par des comédiens sympathiques, tandis que Zucco nous propose un méchant inquiétant à souhait. Le récit est entraînant et le portrait des deux copains aventuriers et fauchés laisse la part belle à un humour plaisant, ce qui semble annoncer Les aventuriers de l'arche perdue (1981) ou La momie (1999) de Stephen Sommers. Le tout est correctement rythmé, et on apprécie tout particulièrement le passage se déroulant au Caire, avec les bagarres et les complots ourdis par de dangereux assassins au service des prêtres de Karnak.

Toutefois, le script est trop schématique, notamment en ce qui concerne la momie qui n'apparaît que fort peu, essentiellement à la fin du métrage. De plus, la réalisation est par moment trop statique (les scènes d'action du dénouement paraissent bien plates et lourdes), ce qui peut être du à un budget limité. Le manque évident d'ambition de ce projet est embarrassant : les stocks shots (ville orientale, désert...), visibles comme le nez au milieu de la figure, pullulent. La séquence du flash back concernant le passé de Kharis nous ressert des scènes du La momie de Freund ; certains décors sont des remplois de ceux de L'enfer vert (1940) de James Whale, un film d'aventures se déroulant en Amérique du sud. L'extérieur du sanctuaire ressemble à tout (on reconnaît même des détails évoquant des temples d'Angkor !) sauf à un temple égyptien (mais reconnaissons que l'intérieur est assez réussi bien qu'un peu sous-exploité).

Malgré tout, La main de la momie, sans être un film révolutionnaire, se suit sans ennui. Il divertit le spectateur avec un agréable spectacle fantastique, et remplit ainsi son modeste contrat. Mais il est tout de même un peu dommage qu'il ne soit pas plus ambitieux. La Universal allait tourner en 1942 La tombe de la momie, un nouvel épisode des aventures du terrible Kharis (incarné à partir de ce film par Lon Chaney jr. (Le loup-garou (1942) de George Waggner...)). On y retrouve, vieilli de trente ans, les personnages de Babe et Steve, ainsi que le redoutable Andoheb, pourtant laissé pour mort à la fin de La main de la momie.

Bibliographie consultée
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