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Une expédition britannique découvre dans le désert du Gobi la tombe de Gengis Kahn, enterré avec son masque et son épée. Les archéologues comptent ramener ces trèsors au British Museum, mais le terrible docteur Fu Manchu compte utiliser leur puissance afin de prendre la tête d'une armée de guerriers venus de toute l'Asie et, ainsi, exterminer la race blanche...



L'écrivain britannique Sax Rohmer invente le personnage du terrible docteur Fu Manchu en 1913, dans un feuilleton publié au sein d'un journal, puis repris dans un roman : c'est un très grand succès dans les pays anglo-saxons et cet auteur continuera à publier des nouveaux affrontements entre ce génie du mal et son ennemi juré, Nayland Smith de Scotland Yard, jusqu'à sa mort, en 1959. Très populaire, Fu Manchu voit ses méfaits portés à l'écran dans des serials britanniques avec The mystery of dr. Fu Manchu (1923) et Further misteries of dr. Fu Manchu (1924). A Hollywood, la Paramount va propose des aventures sonorisées de Fu Manchu, avec une série de trois films amorcée par The mysterious Fu Manchu (1929) de Rowland V. Lee (Le fils de Frankenstein (1939)...), dans lequel le fourbe asiatique est incarné par Warner Oland (Charlie Chan à l'opéra (1937), Le monstre de Londres (1935) de Stuart Walker...). Pourtant, le film le plus réputé consacré à Fu Manchu est Le masque d'or, produit par la prestigieuse MGM qui, pour l'occasion, s'est payée les services de Boris karloff, nouvelle star de le l'horreur (consacrée par le triomphe de Frankenstein (1931) de James Whale). Avec ce film, la firme du Lion, qui s'était illustrée au temps du muet par la production de nombreuses œuvres insolites interprétées par le grand Lon Chaney (Londres après minuit (1927) et L'inconnu (1927) de Tod Browning...), voulait contre-attaquer face aux succès de la Universal dans le domaine de l'horreur (Dracula (1931) de Tod Browning, Frankenstein et Une soirée étrange (1932) de James Whale....). C'est Charles Vidor (Gilda (1946) avec Rita Hayworth...), dont cela aurait dû être le premier long métrage, qui se voit confier la réalisation de Le masque d'or ; mais il est congédié au bout de quelques jours de tournage et remplacé par le plus expérimenté Charles Brabin (le film de gangsters La bête de la cité (1932)...). Aux côtés de Karloff, Myrna Loy (L'introuvable (1934) de W.S. Van Dyke...) incarne la cruelle fille de Fu Manchu. Lewis Stone (Le monde perdu (1925) d'après Conan Doyle...) interprète l'agent Nayland Smith, ennemi juré de Fu Manchu.
Le docteur Fu Manchu est un des personnages les plus connus des cinémas d'épouvanteet d'aventure hollywoodiens. Redoutablement intelligent et cultivé (il a acquis son titrede docteur dans les plus prestigieuses universités britanniques), cet asiatique àl'allure inquiétante ne semble utiliser ses dons qu'afin de tourmenter son prochain. A latête d'un Empire du mal s'appuyant sur les activités de la pègre (son repaire estinvariablement caché dans quelque infect bouge où l'on marchande de lascives étreinteset d'abrutissantes bouffées d'opium...), il partage son temps entre la mise au pointd'instruments de tortures, tous plus raffinés et complexes les uns que les autres, etl'élaboration de plans à visée hégémonique, destinés à assurer le triomphe de l'Asiesur la civilisation blanche et chrétienne. Obséquieux, cruel, fourbe, mais aussi génialet ambitieux, il est aidé par une armée d'hommes de mains, portant le tatouagedu Dragon Rouge sur l'omoplate, spécialisés dans les arts de l'assassinat et chargéd'éliminer en silence et sans pitié ceux qui voudront se dresser sur son chemin.Pourtant, Nayland Smith, brillant agent de Scotland Yard, veille : dès qu'il soupçonne FuManchu de préparer quelque forfait, il part à l'aventure avec le docteur Petrie, sonfidèle compagnon (absent dans le film La masque d'or, néanmoins), et déjoue lesplans maléfiques du démoniaque asiatique ! Évidemment, l'interprétation géniale deBoris Karloff dans ce rôle tire ici l'ensemble du film vers le haut. Grimaçant, préciset théâtral, Fu Manchu apparaît pour la première fois au spectateur dans une scèneinoubliable, parmi les crépitements électriques et les éclairages expressionnistes deson laboratoire orné de fioles fumantes et d'alambics tarabiscotés.

L'autre vedette de Le masque d'or, c'est à l'évidence l'antre de FuManchu, base souterraine aux décors mégalomanes dans lesquels les formes arts-décoss'entrechoquent avec un imaginaire exotique hollywoodien tout à fait exubérant(draperies ornés de dragons, énormes vases en porcelaine, colossales statues dorées deguerriers...). On y passe d'une infecte fumerie d'opium à quelque sinistre grottesouterraine dans laquelle sont fouettés sans ménagement les captifs. Puis, on arrive dans uneétonnante salle circulaire, dans laquelle Fu Manchu se livre à de cruelles"opérations" médicales ; on passe alors dans une vaste et fastueuse salle deréception au milieu de laquelle trône une terrible machine émettant un impitoyablerayon de la mort... Peuplé de serviteurs affables et robustes, ainsi que de véritablescrocodiles et serpents, ce palais des mille et uns supplices comporte aussi des piècestrès particulières, telle cette "chambre aux doigts d'argent", dont deuxparois opposées, hérissées de pointes métalliques, s'avancent en broyant le malheureuxprisonnier attaché en son centre. Ces superbes et extravagants plateaux sont le fruit dutravail de Cedric Gibbons, génie de la direction artistique, qui donna ses décorsflamboyants aux chefs d'oeuvre de la MGM dans son âge d'or (Larmes de clown(1924) avec Lon Chaney, Le figurant (1929) avec Buster Keaton, Tarzan,l'homme-singe (1932) de W.S Van Dyke, La marque du vampire (1935) avec BelaLugosi, Le magicien d'Oz (1939), Singing in the rain (1952) avec GeneKelly., La planète interdite (1956)...). Les costumes de Fu Manchu et de safille sont eux aussi impressionnants par leur invention baroque et excentrique, avec leurstissus saturés de broderie, de bijoux et de plumes : ils sont l'oeuvre du prestigieuxcostumier Adrian, spécialiste des robes à la MGM (La reine Christine (1933)avec Greta Garbo, Le magicien d'Oz avec Judy Garland, Dr. Jeckyll et Mr. Hyde(1941) avec Ingrid Bergman...).

Aux côtés de Fu Manchu, on trouve aussi sa fille Fah Lo See, interprétée par la trèsbelle Myrna Loy. Personnage à l'apparence humble et réservé, il s'agit en fait d'uneparfaite vicieuse, droguant les hommes qu'elle trouve à son goût pour en faire sesesclaves sexuels, et jouissant, comme son papa, des souffrances qu'elle inflige auxprisonniers (la séquence du fouet est une très spectaculaire explosion de cruauté). Unecomplicité malsaine et ambiguë unit alors le père et la fille dans l'élaboration etl'exécution des supplices insensés qu'ils font subir à leurs victimes. Fah Lo See,cousine asiatique du chasseur d'hommes de La chasse du comte Zaroff (1932),apporte une dose intense d'érotisme à Le masque d'or, et les spectateursmasculins ne pourront que plaindre le pauvre Terrence lorsque, à la fin du film, il estarraché de ses griffes désirables pour être rendu à sa fade fiancée Sheila!

En plus d'être une oeuvre d'horreur cruelle et extravagante, Le masque d'orfonctionne comme un trépidant film d'aventures. Commençant sur un chantierd'archéologie, où fusent les clins d'oeil à la découverte du tombeau de Toutankhamonpar Howard Carter, l'action nous emmène d'embuscade en voyage, de passage secret entrappe invisible, sur un rythme tout à fait entraînant. Bénéficiant du charmeimparable des films d'aventures exotiques, il est traité avec des grands moyens : lesdécors sont vastes et variés, le maquillage de Karloff est irréprochable et lestrucages sont, pour l'époque, spectaculaires. Tout au plus pourrait-on reprocher que lesséquences dans lesquelles n'apparaissent pas Fu Manchu manquent un peu d'intensité parrapport au reste du métrage.

Mais le racisme assez abject du propos est tout de même ce qu'il y a de plus embarrassantdans Le masque d'or. On aura reconnu, dans le portrait de Fu Manchu, certains desplus déplaisants stéréotypes véhiculés sur les chinois. Surtout, les"héros" anglais tiennent des propos horrifiants ("Sale chien jaune!"...), jugent tout à fait normal d'entreposer au British museum les trésors de lacivilisation mongole, ou bottent sans ménagement le derrière de leurs porteurs.L'entrevue sur le bateau entre Nayland Smith et un jeune boy chinois demeuré est toutbonnement ignoble. Il faut hélas bien voir qu'au moment où Rohmer écrit les premièresaventures de Fu Manchu, les empires coloniaux européens sont au fait de leurs puissances.En 1931, la France organise au Bois de Vincennes un vaste Exposition Coloniale. Il n'estdonc pas si surprenant de trouver dans ce film une attitude paternaliste, et des portraitsdévalorisants des "indigènes", forcément considérés comme desirresponsables. A la limite, Fu Manchu, malgré son goût pour une cruauté pour le moinsgratuite, paraît plutôt sympathique comparé aux "bons", ses adversaires.Dommage, tout de même que ses objectifs (exterminer la race blanche) soit un peu"too much", surtout pour un film tourné un an avant la prise de pouvoir parHitler en Allemagne ! Il n'en reste pas moins qu'il incarne une grande peur de l'EmpireBritannique de cette époque : voir les asiatiques prendre leur destin en main, s'unir,et, fort d'une extraordinaire supériorité numéraire, chasser les anglais de la région.Il n'est pas inintéressant, alors, de rapprocher Fu Manchu du sanguinaire Mola Ram, chefd'une secte d'assassins cherchant à libérer l'Inde de l'emprise britannique dans IndianaJones et le temple maudit (1984) de Steven Spielberg.

Au-delà d'un contenu discutable, Le masque d'or reste un très bon filmd'aventures et une merveille plastique (décors, éclairages et costumes). Inventif etefficace dans sa cruauté débridée, il donne surtout à Karloff l'occasion de nousrégaler en interprétant cet extraordinaire docteur Fu Manchu, méchant irrécupérable(ni pathétique, ni romantique, contrairement aux monstres de la Universal comme Lefantôme de l'opéra (1925), Dracula...). Il s'agit d'un de ses rôles lesplus célèbres, aux côtés du monstre de Frankenstein et de La momie(1932). Pourtant, il n'interprétera plus jamais ce personnage, qui disparaîtra desécrans durant les années 1930. Toutefois, la petite compagnie Republic tournera un serial mettant en scène Fu Manchu au début des années 1940 (Drums of FuManchu (1940)) ; puis, dans les années 1960, le sinistre docteur reviendra sous lestraits de Christopher Lee, dans une série de film amorcée par Le masque de Fu Manchu(1965) de Don Sharp.

Bibliographie consultée

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