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A New York, dans la tour Millenium, un ascenseur se détraque mystérieusement et provoque des incidents. On fait appel à Mark et Jeffrey, deux réparateurs...



L'ascenseur, niveau 2 est le remake de L'ascenseur (1983) par son propre réalisateur, le hollandais Dick Maas (Amsterdamned (1987)...). Ce film avait connu une certaine renommée en France, en récoltant notamment le Grand Prix du festival d'Avoriaz en 1984. En 1999, l'idée de proposer une nouvelle version de ce film, adaptée aux goûts internationaux (en pratique : les goûts américains) germe dans la tête de Maas. Il trouve donc des partenaires financiers américains et situe, cette fois-ci, le récit à New York.  Le film est tournée en grande partie en Hollande, en studio et dans un vaste bâtiment industriel désaffecté qui accueille un plateau à trois niveaux destiné à accueillir les séquences verticales les plus spectaculaires. Seuls quinze jours du tournage à New York ont été nécessaires, essentiellement pour y filmer des scènes en extérieur. Le casting est composé en partie d'acteurs de réputation internationale. Les deux interprètes principaux sont très lynchiens : il s'agit de James Marshall (la série TV Twin Peaks et Twin Peaks, fire walk with me (1992) de David Lynch...) et Naomi Watts (Mullholand Drive (2001) de Lynch...). A leurs côtés, on reconnaît quelques sympathiques comédiens comme Ron Perlman (La guerre du feu (1981) de Jean-Jacques Annaud, La cité des enfants perdus (1995) de Caro et Jeunet...), Dan Hedaya (Les prédateurs (1983) de Tony Scott, Alien, la résurrection (1997) de Jean-Pierre Jeunet...) ou Michael Ironside (Scanners (1981) de David Cronenberg, Total recall (1990) de Paul Verhoeven...).

Comme on pouvait s'y attendre, L'ascenseur, niveau 2 reprend assez fidèlement les éléments principaux de L'ascenseur. Ce film de 1983 mêlait différents thèmes hérités de plusieurs genre à succès des années 70, comme le film-catastrophe (La tour infernale (1974) de Irwin Allen et John Guillermin, Les dents de la mer (1975) de Steven Spielberg...) et la science-fiction (avec les révoltes des machines dans Mondwest (1973) de Michael Crichton, ou dans Saturn 3 (1980) de Stanley Donnen...). On y voyait donc un ascenseur se comporter de manière dangereuse et inexplicable, comme si il était doué d'une intelligence autonome. En fin de compte, un vague argument de science-fiction venait expliquer les évènements horrifiques : à la vision du film, on se doutait bien que ce n'était pas ce lien avec le cinéma d'anticipation qui motivait le plus Dick Maas, qui se concentrait avant tout sur de dynamiques scènes d'épouvante et d'action. On peut noter que les machines possédées se révoltant contre leur utilisateur apparaîtront aussi dans Christine (1983) de John Carpenter (c'est ici une voiture qui se comporte étrangement), The mangler (1995) de Tobe Hooper (une essoreuse industrielle assassine des hommes !) et surtout de Maximum overdrive  (1986) réalisé par l'écrivain Stephen King d'après une de ses nouvelles (le passage d'une comète près de la terre provoque une révolte généralisée de toutes les machines contre les êtres humains).

L'ascenseur, niveau 2 propose donc de reprendre à l'identique ce thème de l'ascenseur-tueur. Toutefois, l'action se déroule désormais à New York, que Dick Maas nous présente dans toute sa cinégénie, comme une cité gigantesque, grouillant de voitures, de passants pressés et de personnages pittoresques dont les destins vont s'entrecroiser autour des évènements mystérieux du Millenium Building. Entre les séquences horrifiques traditionnelles, on va donc trouver de nombreux passages de comédie, mettant en scène toute une faune assez invraisemblable de gardiens d'immeubles obsédés sexuels, de surveillantes de crèche aigries, de militaires belliqueux, de policiers ahuries, d'aveugles libidineux... Les deux comédiens principaux, James Marshall en réparateur d'ascenseur malchanceux en amour, et Naomi Watts en journaliste énergique et peu scrupuleuse, sont absolument irrésistibles et portent sans encombre le film sur leurs épaules, grâce notamment au charme léger et sexy émanant du couple qu'ils forment. N'oublions pas aussi les seconds rôles sympathiques et compétents (tout au plus regrette-on que Michael Ironside soit un peu sous-employé).

Même les scènes d'épouvante joue parfois le jeu d'un humour très noir (la transition entre la décapitation et les têtes coupées d'Amérique du sud !). Pourtant, horreur, suspens et humour y sont très habilement dosés et amenés, si bien que ces registres se renforcent mutuellement au lieu d'atténuer l'impact des scènes. On apprécie aussi la mise en scène très solide et habile de Maas se mettant avant tout au service de ses excellents acteur : refusant les effets à la mode (flashs, esthétique raffiné dans le style de The cell (2000) de Tarsem Singh...), L'ascenseur, niveau 2 mise tout sur l'efficacité et la simplicité de sa réalisation nette, fluide et sobre afin d'imposer un rythme naturel et vivant. De plus, Maas propose aussi quelques scènes fort spectaculaires (le roller skater, le final amusant comme tout)...

Pourtant, il faut reconnaître que les nombreuses similitudes avec L'ascenseur premier du nom sont tout de même assez gênantes, particulièrement pour les scènes d'épouvante, parfois reprises très fidèlement. De plus, le récit, dans sa seconde moitié, semble accuser de sévères temps morts, tandis que l'enquête semble avoir un peu de mal à avancer : ainsi, le dénouement paraît arriver bien tard. Malgré l'abattage entraînant des comédiens, il semble clair que L'ascenseur, niveau 2 aurait gagner à durer une petite demi-heure de moins.

L'ascenseur, niveau 2 est néanmoins un spectacle tout à fait sympathique, modeste et divertissant, qui se consomme agréablement. Toutefois, on regrette des lenteurs et un certain manque d'originalité, défaut assez inévitable, il est vrai, dans les remake. On note aussi que L'ascenseur, niveau 2, produit au départ pour être diffusé aux USA, n'y est pas encore sorti, et qu'il est fort probable que la situation reste bloquée un certain temps. En effet certains passages évoquent irrésistiblement les destructions des tours jumelles le 11 septembre 2001 à New York : ainsi, à un moment, les autorités pensent que l'ascenseur démoniaque a été saboté par des terroristes, et le président des USA fait un discours solennel sur la nécessité de lutter contre le terrorisme international ; de même, la séquence où le sol de l'ascenseur se défait, entraînant la chute vertigineuse de ses passagers, paraît aujourd'hui très dure ; on a même deux policiers qui font allusion à une tentative ratée d'attentat contre le World Trade Center (le sous-titrage français prend bien soin de gommer ce détail). Évidemment, ces coïncidences sont totalement involontaires (le film a été présenté à Cannes en mai 2001), mais elles donnent au film un drôle d'arrière-goût et compromettent, au moins pour le moment, ses chances de sortir au cinéma aux USA.

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