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En Grande-Bretagne, au cour des années 1920, le duc de Richleau et ses amis affrontent une terrible secte satanique dirigée par le redoutable Mocata.



C'est Christopher Lee (Le cauchemar de Dracula (1958)...), alors vedette montante de l'épouvante (il tourne environ cinq films par an dans ce genre au milieu des années 1960), qui a proposé à la compagnie britannique Hammer d'adapter le roman The devil rides out de Dennis Wheatley, écrivain britannique qui connaissait un grand succès pour ses oeuvres fantastiques depuis les années 1920. Cette compagnie, qui possédait alors un accord de distribution avec la puissante major américaine 20th Century Fox, accepte ce projet, et le confie à Terence Fisher, son réalisateur le plus prestigieux, qui, l'année précédente, venait de réaliser Frankenstein créa la femme (1967) et La nuit de la grande chaleur (1967). Le scénario est écrit par le grand écrivain de littérature fantastique Richard Matheson, qui a souvent travaillé pour le cinéma, notamment en adaptant ses propres romans (L'homme qui rétrécit (1957) de Jack Arnold...), ou en adaptant Edgar Poe pour le réalisateur Roger Corman (La chute de la maison Usher (1960)...). C'est Christopher Lee qui interprète le rôle principal, celui du duc de Richleau, ce qui permettait à ce spécialiste des rôles de méchant d'aborder, pour une fois, un personnage de "gentil", et d'apparaître à l'écran pendant la quasi-totalité du métrage. Le chef de la secte satanique est incarné par Charles Gray (les James Bond On ne vit que deux fois (1967) de Lewis Gilbert et Les diamants sont éternels (1971) de Guy Hamilton...), repéré par les dirigeants de la Hammer pour son travail au théâtre.
Il est bien évident que, parmi tous les styles de cinéma d'épouvante, le film "de secte" est le plus à même de fournir des inspis très facilement transposables pour les Gardiens de L'appel de Cthulhu. Ce genre a offert quelques grands classiques au cinéma d'horreur avant Les vierges de Satan. Ainsi, le fameux producteur Val Lewton (La féline (1942) de Jacques Tourneur...) fait réaliser à Mark Robson La septième victime (1943) pour la compagnie américaine RKO : une orpheline partait à la recherche de sa soeur et découvrait une redoutable secte d'adorateurs de Satan. Le génial Rendez-vous avec la peur (1957) de Jacques Tourneur faisait s'affronter un scientifique américain et un redoutable sorcier britannique. Enfin, dans Pacte avec le diable (1966) de Cyril Frankel, pour la Hammer, une jeune institutrice découvre une secte de sorcières dans un village anglais isolé. Les vierges de Satan a, en plus, le mérite de se dérouler en plein cœur des années 1920, proposant ainsi aux spectateurs une atmosphère très proche de la période "classique" de L'appel de Cthulhu. Louons, au passage, le travail toujours irréprochable de l'indéboulonable Bernard Robinson (Frankenstein s'est échappé ! (1957) de Terence Fisher...), directeur artistique des plus belles oeuvres de la Hammer, qui propose à nouveau de magnifiques décors (la clairière du sabbat, l'observatoire astronomique...) dans lesquelles dominent les teintes pourpres et brunes, qu'on retrouve sur les robes des sectateurs.

Comme souvent chez Terence Fisher, Les vierges de Satan est structuré par une lutte entre les principes antagonistes et symétriques du Bien et du Mal. Le couple Richleau/Mocata renvoie alors évidemment à l'affrontement Van Helsing/Dracula de Le cauchemar de Dracula. Comme le fameux chasseur de vampires, le duc de Richleau est un croisé un service du bien, réclamant l'aide des anges et des archanges combattants (Raphaël, Gabriel...) afin de terrasser les serviteurs de la Bête. Au fait de tous les savoirs occultes, il utilise aussi bien la science (hypnose...) que toutes les ressources de la magie blanche (cercle protecteur tracé à la craie, incantations, spiritisme...) ou du folklore chrétien (eau bénite, crucifix...). On ne s'étonnera pas de le voir, tel un bon investigateur, reconnaître sans difficulté les signes du démon (les conversations apparemment anodines entre les sectateurs) et consulter des grimoires de sorcellerie à la bibliothèque du British Museum, afin d'y découvrir de puissants sortilèges capables de contrer les puissances maléfiques employées par Mocata. Ce dernier est le pendant négatif et inquiétant de Richleau : dirigeant une secte sataniste, il manipule les secrets les plus noirs et recrutent des âmes pour les corrompre et les mettre au service du démon. Pour ce faire, il emploie de nombreux sortilèges malfaisants (possession, invocation de démons mineurs ou majeurs...) et préside à de véritables messes noires dans des sites judicieusement choisis (un cercle de très anciennes pierres levées, en plein coeur de la forêt anglaise, accueillera un sabbat). Il va sans dire qu'une grand part de la réussite de Les vierges de Satan repose sur les excellentes interprétations de Christopher Lee, énergique et décidé, et de Charles Gray, charismatique et mystérieux.

Comme dans Le cauchemar de Dracula, donc, la structure du récit va entièrement reposer sur l'affrontement entre les deux puissances, qui vont se tendre des pièges, mettre au point des stratagèmes et des coups de force afin de déjouer les plans de l'adversaire, jusqu'à ce qu'un des bords l'emporte (temporairement, bien sûr, la lutte entre le bien et le mal étant, dans un tel film, un cycle rythmant l'activité de l'univers, voué à se répéter à l'infini). Les vierges de Satan bénéficie d'un script tout à fait remarquable, dans lequel Matheson exploite avec le plus grand sérieux les possibilités offertes par la magie afin de proposer des rebondissements et des situations aussi purement fantastiques qu'indéniablement originales. Ces qualités dramatiques sont encore soulignées par le sens du rythme implacable de Terence Fisher. On apprécie d'emblée la manière dont il nous plonge, en quelques plans, en plein cœur de l'action (Richleau et un ami font une visite-surprise à une de leur connaissance, et se rendent compte qu'ils ont atterri dans une réunion de satanistes). Monteur de formation, Fisher manie remarquablement l'ellipse et évite avec une très grande habileté toutes les séquences qui pourraient ressembler à de fastidieux bavardages explicatifs. Néanmoins, l'intrigue, pourtant complexe, reste toujours d'une limpidité exemplaire. On passe constamment d'un morceau de bravoure à une scène d'action pétaradante, sans aucun temps mort.

Parmi toutes ces séquences spectaculaires, on peut citer la scène du sabbat, culminant avec le sacrifice d'une chèvre, une orgie (fort timide, pour ne pas choquer la prude censure britannique) et, enfin, l'apparition du Diable en personne. On remarque encore une impressionnante poursuite dans de superbes voitures anglaises. La séance d'hypnose, infligée imperceptiblement par Mocata à Marie, démontre aussi le savoir-faire de Fisher lorsqu'il s'agit de faire monter progressivement la tension dans un affrontement entre deux personnages, même lorsqu'ils sont seulement assis à faire la conversation (on pense alors à la confrontation verbale entre Peter Cushing et le prêtre dans La malédiction des pharaons (1959) de Fisher...). Enfin, le summum de l'efficacité est atteint lorsque Richleau et ses trois amis, réfugiés dans un cercle magique, sont harcelés durant toute une nuit par les forces des ténèbres déchaînées par Mocata. Toutes ces séquences doivent beaucoup à la superbe musique de James Bernard (Le cauchemar de Dracula...), qui accompagne avec rigueur et puissance leurs progressions. Mais... il faut tout de même reconnaître que Les vierges de Satan souffre de ses effets spéciaux, trop limités si on les rapporte à l'ambition du script : l'apparition du Diable ou de l'Ange de la Mort, les incrustations lors de la poursuite en voiture ou de l'attaque de l'araignée, sont tout de même très faibles et nuisent au bon fonctionnement de certains passages.

Les vierges de Satan reste pourtant une très bonne réussite de Terence Fisher et de la Hammer, notamment grâce à son rythme trépidant, à la qualité de son script, à l'élégance de sa direction artistique et à son interprétation irréprochable. Il est aujourd'hui reconnu comme un grand classique de l'épouvante britannique. Ce film fonctionnera plutôt bien en Grande-Bretagne, mais il connaîtra un échec lors de sa distribution aux USA, ce qui va, entre autres, entraîner la fin de la collaboration entre la 20th Century Fox et la Hammer. Cette petite compagnie britannique, très dépendante de ses commanditaires américains, allait donc se retrouver dans l'embarras. Heureusement, la Warner prendra le relais et se chargera de la distribution américaine des films Hammer suivants. On note que, peu de temps après, Rosemary's baby (1968) réalisé par Roman Polanski aux USA allait enfin faire triompher l'épouvante satanique.

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