Forums ■ [PbF] ■ Blogs ■ Toceur(euse)s  » Chat
TocCyclopédie ■ Époques

Kiki Walker est chanteuse dans un club du Nouveau-Mexique. Pour attirer l'attention des spectateurs, son patron, Jerry, lui donne l'idée de rentrer en scène avec une vraie panthère. Elle s'exécute, mais le fauve parvient à s'échapper, et tue une jeune fille en ville. Jerry se sent coupable et décide de retrouver l'animal...



L'homme-léopard est la troisième et dernière coopération entre le producteur Val Lewton, chargé de fournir des films fantastiques à la firme RKO, et le réalisateur Jacques Tourneur. Leurs deux films précédents étaient La féline (1942), l'histoire d'une femme qui se transformait en panthère, et Vaudou (1943), un drame fantastique se déroulant aux Antilles. Avec cette trilogie, Tourneur a mis en place un cinéma fantastique élégant, jouant très habilement sur la suggestion de l'horreur, préférant faire ressentir une présence monstrueuse que la montrer, et accordant beaucoup d'importance à la psychologie des personnages ainsi qu'à l'atmosphère dans laquelle baigne le récit. Après L'homme-léopard, il se consacrera à des genres variés (thriller avec Angoisse (1944), western avec Le passage du canyon (1946), espionnage avec Berlin express (1948)...), et il ne renouera avec le cinéma d'épouvante qu'à la fin des années 50, avec un autre classique : Rendez-vous avec la peur (1957). Val Lewton continuera à produire quelques films d'épouvante pour la RKO avec d'autres réalisateurs, comme Robert Wise (Le récupérateur de cadavres (1945)...) ou Mark Robson (La septième victime (1943)...). Le comédien principal, David O'Keefe avait passé une bonne partie des années 30 à faire de la figuration dans des productions hollywoodiennes ; puis il finit par devenir un acteur de premier plan dans des petites productions comiques (Hi diddle diddle (1943) de Andrew L. Stone...), et apparaît aussi dans des rôles plus graves (le film noir La brigade du suicide (1947) d'Anthony Mann...). Il est accompagné par Margo, une comédienne d'origine mexicaine (Horizons perdus (1937) de Frank Capra, Viva Zapata ! (1952) d'Elia Kazan...). Le scénario est inspiré par une nouvelle de William Irish, écrivain qui inspirera de nombreux très nombreux films noirs (Les mains qui tuent (1944) de Robert Siodmak, Fenêtre sur cour d'Alfred Hitchcock...).

Comme dans La féline et Vaudou, Tourneur confronte un contexte social réaliste et des superstitions ancestrales. Ainsi, l'intrigue se déroule dans l'état du Nouveau-Mexique, dans une ville touristique où les indiens sont réduits à la misère tandis que les américains y consomment un exotisme de pacotille dans des cabarets. La réalité de ce pays est conservée au musée l'art indien où sont entreposées les traces des cultes antiques dédiés aux félins divins d'Amérique centrale. La psychologie des personnages est étudiée avec justesse et finesse, sans jamais sombrer dans la caricature (le vieil américain compréhensif qui discute avec Clo-Clo...). Le sentiment de culpabilité de Jerry, l'amertume de Kiki Walker, l'ambition de Clo-Clo... sont rapportés avec intelligence, notamment grâce aux performances des excellents comédiens.

Néanmoins, L'homme-léopard, malgré son titre aguicheur jouant sur le succès qu'avait rencontré La féline, explore moins le fantastique que ses deux prédécesseurs. Il s'agit en fait d'un récit plutôt policier, dont le dénouement évoque un peu l'aventure de Sherlock Holmes Le chien des Baskerville de Conan Doyle, ou des films à tueurs psychopathes, tel Psychose (1960) de Hitchcock. Cela peut paraître décevant, mais, heureusement, le final du film (une poursuite au cours d'une procession religieuse, parmi des pénitents cagoulés de noir) est une fort belle réussite.

Le fantastique reste néanmoins très présent tout au long du métrage, notamment au cours des agressions des jeunes filles. Tourneur y exploite son savoir-faire en matière de suggestion de l'horreur : grâce à un usage habile des éclairages, du montage et de la bande-son, il nous fait redouter les monstruosités tapis parmi les ombres. Les séquences sous le pont et dans le cimetière (géniale trouvaille de la branche qui ploie sous le poids du félin invisible) sont particulièrement effrayantes. On apprécie notamment la qualité de la photographie de Robert De Grasse (Le récupérateur de cadavres...) et les décors raffinés de Walter E. Keller (La féline, Vaudou...) qui parviennent à créer une atmosphère fantastique aussi envoûtante qu'inquiétante.

Certes, la seconde partie de L'homme-léopard manque un peu de rythme, et on ne peut pas dire que la révélation l'identité du coupable soit une grande surprise pour le spectateur attentif. Mais, si ce film n'est pas aussi innovant que La féline et pas aussi original que Vaudou, il reste quand même une oeuvre homogène et réussie, dans laquelle on trouve quelques séquences véritablement terrifiantes.

Tous les matériels trouvés sur ce site sont la propriété de leurs auteurs respectifs. Toute utilisation de ressource trouvée ici est régie par les Creative Commons. Logo & Déco intérieure par Goomi
Pour toute question quant à leur utilisation, contactez-nous: .