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Matthew Bennell et Elizabeth Driscoll, agents des services sanitaires du gouvernement fédéral, travaillent à San Francisco. Ils se rendent compte que l'attitude de leur entourage change mystérieusement. Il semble qu'une machination d'outre-espace soit à l'origine de ces étranges incidents...



L'invasion des profanateurs de Philip Kaufman est un remake de L'invasion des profanateurs des sépultures (1956) de Don Siegel, un grand classique de la science-fiction paranoïaque, genre qui avait fleuri aux USA pendant la guerre froide. Ce remake s'inscrit dans la vague du cinéma fantastique des années 1970, qui introduisait des sujets d'épouvante dans un quotidien réaliste (La nuit des morts-vivants (1968) de George Romero, L'exorciste (1973) de William Friedkin, Carrie (1976) de Brian De Palma...). Le casting est composé d'excellents acteurs : Don Sutherland (MASH (1970) de Robert Altman, Ne vous retournez pas (1973) de Nicolas Roeg...), Leonard Nimoy (le mythique monsieur Spock de la série Star Trek...), Jeff Goldblum (La mouche (1986) de David Cronenberg, Jurassic park (1993) de Steven Spielberg...), Veronica Cartwright (Alien (1979) de Ridley Scott, mais aussi la petite fille dans Les oiseaux (1963) de Hitchcock...)... On remarque au passage les apparitions de Don Siegel (réalisateur de L'invasion des profanateurs de sépultures) en chauffeur de taxi et de Kevin McCarthy (vedette de ce film) dans le rôle d'un homme paniqué qui tente d'avertir les héros au début du métrage, au cours d'une séquence qui évoque la célèbre scène de l'autoroute de la version de 1956.
Le réalisateur américain Philip Kaufman s'est d'abord fait connaître avec Goldstein (1964), une comédie à tout petit budget, contenant des scènes improvisées : ce film lui vaudra une belle reconnaissance critique en France, et il enchaînera sur une autre comédie, Fearless Frank (1967). Ensuite, il suit la mode des westerns crépusculaires et mélancoliques (La horde sauvage (1968) de Sam Peckinpah...) avec La légende de Jesse James (1972) et le film d'aventures White dawn (1974), dans lequel des explorateurs affrontent des eskimos. Le succès ne viendra vraiment qu'avec L'invasion des profanateurs en 1978. Il réalise ensuite un film sur les gangs de jeune dans les années 1960, Les seigneurs (1969), qui mélange la mode de la nostalgie (American graffiti (1973) de George Lucas...) à celle du film de gangs (Les guerriers de la nuit (1978) de Walter Hill...). Mais le triomphe viendra vraiment avec L'étoffe des héros (1983), ample fresque, couronnée par 4 Oscars, relatant la conquête spatiale par les cosmonautes américains dans les années 1950/1960. Son film suivant, L'insoutenable légèreté de l'être (1983), d'après un roman de Kundera, raconte une histoire d'amour en Tchécoslovaquie au moment de l'intervention soviétique de 1968, et connaît aussi un certain succès : ce film attire l'attention des américains sur l'actrice française Juliette Binoche (plus tard oscarisée pour Le patient anglais (1996) d'Anthony Minghella). Kaufman retente le coup de la romance littéraire avec Henry et June (1990), d'après la vie de l'écrivain Henry Miller, mais sans succès. Il réalise donc, ensuite, un thriller d'espionnage plus modeste : Soleil levant (1993) dans lequel Sean Connery et Wesley Snipes enquêtent au Japon. Enfin, Kaufman a récemment réalisé une biographie cinématographique du Marquis de Sade avec Quills (2000), sans grand succès auprès du public et de la critique. Kaufman est aussi un scénariste renommé : il a ainsi travaillé sur Les aventuriers de l'arche perdue (1979) de Steven Spielberg.

Dans L'invasion des profanateurs de sépultures de 1956, de sournois extra-terrestres prenaient l'apparence et la place des habitants d'une petite ville américaine. Néanmoins, à l'exception de la vision d'un cocon d'outre-espace en cours de mutation, on ne nous donnait pas trop de détails sur la manière dont ils se changeaient en êtres humains. L'invasion des profanateurs de 1978 est autrement plus explicite. Grâce aux progrès consistants réalisés dans les domaines des effets spéciaux et du maquillage au cours des années 1960-1970 (La planète des singes (1968), L'exorciste (1973)...), le film peut nous proposer de suivre les moindres détails de ce processus peu ragoûtant : le cocon extra-terrestre profite du sommeil de sa victime pour la vampiriser ; elle se vide alors de son énergie et devient une enveloppe de chair pourrie, tandis que, du cocon, surgit un être qui prend progressivement son apparence. Dans la plus explicte des séquences, les clones visqueux et gémissants commencent à apparaître dans le jardin de Matthew, lorsque celui-ci s'est malencontreusement assoupi. Les extra-terrestre peuvent donc évoluer sous forme humaine, sans qu'aucun détail physique ne permette de les distinguer. Néanmoins, le cri terrible qu'ils poussent pour signaler à leurs compagnons qu'ils ont repéré un authentique terrien n'a rien d'humain : l'idée de ce cri glaçant et terrible est une formidable invention de cette version de 1978 et n'apparaît pas dans le film de 1956.

L'invasion des profanateurs de sépultures s'inscrivait dans la tradition de la science-fiction paranoïaque américaine des années 50, typique de la Guerre Froide (Les envahisseurs de la planète Rouge (1953) de William Cameron Menzies...), et mettait en garde le spectateur contre les complots, les espions communistes et autres ennemis intérieurs. L'invasion des profanateurs se situe, de son côté, dans un courant bien différent : celui de la science-fiction contestataire des années 1960-1970 (La planète des singes de Franklin J. Schaffner, Orange mécanique (1971) de Stanley Kubrick...) qui dénonce, sur un ton pessimiste, les problèmes sociaux de la civilisation occidentale (racisme, violence, pollution...). C'est donc avec ce film de 1978 que le thème des "profanateurs", sorti du contexte de la guerre froide, va prendre une signification universelle et allégorique. Les extra-terrestres proposent un monde harmonieux, pacifié, sans tension ni conflit : mais le prix à payer pour cette société "parfaite" est la disparition des individualités singulières, la fusion des personnalités dans un tout homogène et sans aspérité. L'invasion des profanateurs invite donc à rester vigilant, à ne jamais nous laisser "endormir" (c'est dans leur sommeil que les humains se font assimiler pas les extra-terrestres), et à se méfier de toutes les formes de conformisme.

Une des grandes forces du film de 1978 est d'avoir placé l'action à San Francisco (celui de 1956 se déroulait dans une petite ville). L'invasion extra-terrestre devient d'autant plus spectaculaire qu'elle se déroule à l'échelle d'une grande cité américaine. Ce ne sont plus quelques camions de cocons qui partent hors de la ville, mais bien des cargos entiers, tandis que de vastes entrepôts servent d'immenses serres aux extra-terrestres. De plus, la réalisation distille avec une habileté assez diabolique une impression de paranoïa urbaine très prenante : des passants se retournent imperceptiblement sur le passage de Matthew, la caméra est parfois placée à la manière d'un inquiétant observateur embusqué. Parmi les séquences les plus fortes, il faut citer celles dans lesquelles Matthew est confronté en plein jour à la foule quotidienne inquiétante, qui arpente sans cesse les rues, prête à dévorer et à assimiler l'individu singulier et isolé. Les scènes de nuit sont aussi tout à fait extraordinaires et parviennent à transformer San Francisco en une ville fantôme dans les rues de laquelle se jouent d'implacables chasses à l'homme. Kaufman joue alors habilement avec la monumentalité des gigantesques bâtiments et la géométrie étrange de la ville (en partie bâtie sur un flanc de colline). On apprécie aussi une bande-son minimaliste composée de bruitages électroniques inquiétants et très efficaces.

L'invasion des profanateurs parvient donc à proposer un remake intéressant, original et réussi d'un classique de la science-fiction. Son excellent travail sur l'atmosphère et sa réalisation, aussi imaginative que soignée, parviennent à faire oublier, sans difficultés, les rares petites longueurs du métrage (la destruction du hangar...). C'est incontestablement un must pour les gardiens de Delta Green.

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Grandiose, magnifique !
Docteur Clarendon 02/08/2003
Magnifique film dont je garde un impérissable souvenir. La fin du film est grandiose et le scénar vraiment époustouflant. J'aimerais vraiment le compter dans ma vidéothèque ce qui n'est pas le cas... je pense qu'il s'agit là d'une oeuvre majeure et dans son domaine il n'a jamais été égalé. Tout gardien devrait l'avoir vu comme une oeuvre de référence. Un 9 sur 10 me paraît approprié. L'ambiance est vraiment génial et je me souviens de la peur des héros de s'endormir pour ne pas être victime des envahisseurs... des cris abominables qu'ils poussent une fois vampirisé et de la fin tragique, digne d'une nouvelle de Lovecraft !
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