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Sean est chargé de convoyer une voiture de luxe vers Miami. Mais son voyage va se transformer en cauchemar lorsqu'il va prendre en stop un chasseur de vampires et une jeune fille récemment mordue par une de ses créatures...



Les vampires du désert est un film de J. S. Cardone, un réalisateur assez mal connu. Un seul de ses films est sorti au cinéma en France auparavant : Rock star (1985), qui racontait le succès puis la déchéance d'un groupe de rock.  Il avait débuté par The slayer (1982), un slasher apparemment assez anodin. Puis il réalisa diverses oeuvres à petit budget : on le retrouve aux commandes d'un film de science-fiction (Shadowzone (1990)), d'une énigme policière (A climate for killing (1991)), d'une oeuvre d'action (Shadowhunter (1995)...) ou d'un thriller (Sur la route d'Ozona (1998), titre vidéo en France). Le budget de Les vampires du désert est si modeste (5 millions de dollars) qu'on s'étonne même qu'il ne soit pas sorti directement en vidéo en France. On y trouve donc des comédiens débutants, ou n'ayant qu'une carrière assez courte derrière eux, comme Kerr Smith (Destination finale (2000) de James Wong...), Izabella Miko (Coyote girls (2000) de David McNally...) ou le mannequin Phina Oruche.

Les vampires du désert propose encore une relecture contemporaine de la mythologie des vampires. Il s'inscrit dans la lignée d'oeuvres récentes mettant en scène ce style de monstres dans un univers proche d'un western moderne, comme Une nuit en enfer (1996) de Robert Rodriguez et Une nuit en enfer 2, le prix du sang (1999) de Scott Siegel. On pense aussi beaucoup à l'excellent Aux frontières de l'aube (1987) de Kathryn Bigelow, en particulier pour son aspect de road movie nocturne et pour la bande de vampires dénués de tous les oripeaux gothiques habituels.

Mais la structure du récit (deux chasseurs utilisent une jeune fille fraîchement contaminée comme appât) et les destructions des vampires à la lumière du jour font énormément penser à Vampires (1998) de John Carpenter. On remarque encore de très nombreuses autres références à des films de ce réalisateur : le vampire Kit apparaît derrière le dos de son adversaire comme dans Halloween (1978), les ballets des voitures sur les routes nocturnes font penser à Christine (1983), et surtout le début de la dernière attaque rappelle la fusillade d'Assaut (1976).

Le traitement du vampirisme vu sous un angle moderne n'est pas ici d'une grande originalité : comme dans Martin (1977) de George Romero, on fait des allusions à la toxicomanie (alternance de bien-être et d'état de manque...), et le vampirisme se manifeste comme un virus qui rappelle beaucoup le SIDA. Mais on remarque tout de même une petite nouveauté : un cocktail de médicaments permet de repousser la contamination, mais pendant quelques mois seulement, ce qui fait penser à la fois à la trithérapie pour les séropositifs et à l'emploi de la méthadone pour les toxicomanes. Ce film nous propose aussi une variante quand à l'origine des vampires : les premiers vampires seraient des croisés qui auraient vendu leurs âmes au Diable en échange de l'immortalité.

Les vampires du désert est vraiment une bonne surprise. Tourné avec un tout petit budget, il sait néanmoins utiliser à fond chaque recoin de décor disponible (le final...), chaque boulon des deux voitures employées sur le tournage (les excellentes poursuites...) et les superbes extérieurs des parcs naturels américains (qui ne coûtent rien). La réalisation est particulièrement solide et efficace, notamment dans les séquences d'action où sa sécheresse et sa rigueur font merveille. L'interprétation est très adéquate : les vampires sont sexy et inquiétants, tandis les chasseurs sont sympathiques et énergiques. Le plus réussi reste la montée progressive de la tension au cours du récit aussi rigoureux que prenant : de ce point de vue, il faut reconnaître que Les vampires du désert est mieux réussi que le trop inégal Vampires. Notons encore que la photographie nocturne est très belle (et rappelle beaucoup Aux frontières de l'aube, une référence en la matière) et qu'on a droit à de vrais effets gore et à des séquences très cruelles qui participent à la progression éprouvante du suspens (on note une spectaculaire décapitation digne d'Une nuit en enfer).

Certes, les acteurs sont parfois un peu trop cabotin (Kit...) et certains clins d'oeil un peu lourd sur le milieu du cinéma auraient pu nous être épargnés. Du reste, il est vrai que ce film manque un peu d'originalité. Néanmoins, Les vampires du désert prouve qu'une oeuvre cinématographique n'a pas besoin de stars célèbres ou de moyens financiers gigantesques pour construire un récit solide et bien rythmé : en cela, il s'inscrit dans la tradition la plus noble de la série B hollywoodienne. Il reste une agréable surprise que les amateurs de films de vampires auraient tort de négliger à cause d'une sortie trop discrète.

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