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Un étrange voyageur roumain arrive à l'aéroport de Copenhague. Quelques heures plus tard, il meurt d'une horrible maladie. Un virologue mène l'enquête...



Le réalisateur Anders Ronnow-Klarlund a commencé à travailler pour la télévision danoise avant de faire son premier long métrage (The eighteens (1996)...) sur un sujet politique. Il est bien accueilli, ce qui lui permet de réaliser Possessed, son second film pour le cinéma. On remarque la présence d'Udo Kier, comédien d'origine allemande, connu pour avoir tourné avec la crème des réalisateurs européens des années 70 (Rainer Werner Fassbinder (Lola, femme allemande (1978)...), Dario Argento (Suspiria (1977)...) et dans quelques puissants navets (Spermula (1976) de Charles Maton...). Après un passage à vide dans les années 80, il est revenu sur le devant de la scène en devenant un des acteurs favoris du danois Lars Von Trier (Breaking the waves (1996)...) et en multipliant les seconds rôles à Hollywood (Blade (1998) de Stephen Norrington , La fin des temps (1999) avec Arnold Schwarzenegger...).

Possessed est un de ces thrillers danois qui sont apparus au cours des années 90. Si Element of crime (1984) de Lars Von Trier annonçait ces films, le succès de Nightwatch (1994) de Ole Bornedal et de l'excellente série TV L'hôpital et ses fantômes, encore de Lars Von Trier, vont entraîner une petite vague d'oeuvres de ce genre en Europe du nord. On remarque au passage que Possessed est produit par la compagnie Zentropa, fondée par Lars Von Trier pour produire des films très variés : des thrillers (Secten (1999) de Susanne Bier...) ; des films "Dogma" (Mifune - Dogme III (1999) de Søren Kragh-Jacobsen...) ; et même des pornos (Pink prison (1999) de Lisbeth Lynghøft...) !

Comme dans L'hôpital et ses fantômes et Nightwatch, Possessed propose une oeuvre angoissante située essentiellement dans un univers médical et scientifique. La partie de l'enquête menée par le virologue consiste en effet en des recherches sur un virus complètement nouveau et inquiétant, et joue sur la possibilité angoissante qu'un tel fléau se répande dans le monde à partir d'un aéroport. Cela rappelle, par exemple, la conclusion de L'armée des douze singes (1996) de Terry Gilliam ; ou L'avion de l'apocalypse (1980) de Umberto Lenzi, dans lequel une épidémie de zombification passait par un avion chargé de morts-vivants. Cette enquête évoque aussi Rage (1977), oeuvre assez moyenne de David Cronenberg (La mouche (1986)...).

De plus, Possessed s'inscrit dans l'abondante série de films mélangeant satanisme et peur millénariste qui ont envahi les écrans en 1999 (La fin des temps, Stigmata (1999) de Rupert Wainwright...). Ainsi, l'arrivée de l'an 2000 s'accompagne ici de l'apparition d'une étrange constellation dans le ciel. Les membres d'une secte y voient l'annonce de l'arrivée de Satan. Cette partie de l'enquête, très bien construite, est menée par des policiers danois, et implique un voyageur mystérieux interprété par un excellent Udo Kier, très ambiguë et néanmoins sobre. Ces événements amènent toutefois, à la fin du film, à des révélations qui sentent un peu le déjà-vu (Le témoin du mal (1998) de Gregory Hoblit, Hidden (1987) de Jack Sholder...). De même, l'épilogue est bien convenu et prévisible.

On apprécie toutefois toute les passages tournés en Roumanie. Le virologue vient y chercher des échantillons du virus sur des cadavres contaminés. La confrontation de ce chercheur danois arriviste avec la misère des hôpitaux et de la société roumaine donne un cachet très original à ce film : le malaise provient alors du constat des déséquilibres économiques indécents entre ces deux pays européens, d'autant plus que le virologue vient consciemment exploiter la misère de ce pays, et est prêt à tout pour obtenir la ponction lombaire qui, croit-il, lui vaudra un prix Nobel de biologie.

Si le récit manque parfois d'originalité, on apprécie par contre son rythme très nerveux et la manière dont il passe d'une enquête à l'autre, en multipliant les indices et pistes intéressantes, tout en restant clair et très agréable à suivre. La réalisation est elle aussi nerveuse et efficace, refusant, à quelques rares exceptions près, les effets stylistiques "glauques" à la mode qu'on trouve dans Seven (1995) de David Fincher ou La secte sans nom (1999) de Jaume Balagueró.

Possessed est donc un thriller horrifique de très bonne facture, qui n'ennuie jamais le spectateur et parvient à rester captivant du début à la fin. La richesse de l'enquête, la qualité de l'interprétation et la construction très soignée de son récit me semblent compenser sans problème les petites déceptions de la fin du film.

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