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Sale journée pour le docteur Feinstone, directeur d'un cabinet de dentistes: le jour de leur anniversaire de mariage, il se rend compte que sa femme le trompe avec le jardinier; en plus un inspecteur du fisc cherche à lui faire des histoires. Mais malgré tous ses problèmes, il est un vrai professionnel et il décide s'occuper de ses clients...



Brian Yuzna s'est d'abord distingué en produisant pour son complice Stuart Gordon deux célèbres adaptations de Lovecraft: Re-animator (1985) et From beyond (1987). Puis il dirigea des films comme Society (1989) ou Re-animator II (1990) qui en ont fait un réalisateur d'horreur respecté. A son crédit, on peut ajouter le remarquable dernier sketch de Necronomicon (1994), dans lequel des flics se perdaient dans un repaire de mi-gos. Stuart Gordon a participé à la rédaction du scénario de ce nouveau film. On se réjouit aussi de retrouver le sympathique comédien Ken Foree (Zombie (1978), From beyond (1987)...) en inspecteur de police.

Avec Le dentiste, Yuzna poursuit sa peinture au vitriol de la riche bourgeoisie américaine, portrait qu'il avait amorcé avec Society. Il nous invite à suivre le docteur Feinstone, un riche dentiste, obsédé par la propreté et l'ordre, qu'ils soient physiques (taches, pourritures des dents,...) ou morales (manque de discipline, corruption...). Que ce soit dans sa vie professionnelle ou personnelle, il se comporte donc comme un maniaque. Il est attiré par les surfaces blanches aseptisées et la perfection formelle de la musique classique. Le générique est d'ailleurs étonnant: ses mains vides exécutent les geste du dentiste avec la même précision et la même douceur qu'un chef d'orchestre dirigeant ses musiciens. Mais même malgré les soins dentaires qu'il prodigue consciencieusement, la destinée de la dentition humaine est de pourrir irréversiblement, jusqu'à la mort. Incapable de supporter cette idée terrifiante, notre praticien va petit à petit sombrer dans la folie et la violence. Convaincu que son rôle de purificateur ne s'arrête pas à quelques détartrages, il décide d'extraire de sa vie les dents cariées qui l'empêchent d'atteindre son idéal: c'est à dire sa femme qui lui vide son compte en banque et le trompe sans scrupules, ses employés peu reconnaissants et son inspecteur du fisc.

L'idée d'utiliser un dentiste comme tueur dans un film d'horreur est bien évidemment excellente. Il est bien connu qu'une peur ou une souffrance exprimée au cinéma aura d'autant plus d'efficacité sur le spectateur que celui-ci l'aura expérimentée dans la réalité. Or, tout le monde a des mauvais souvenirs de dentiste. La simple vision d'un arrachage de dent suffit ainsi à mettre mal à l'aise le plus chevronné des amateurs de cinéma gore! Astucieusement, le scénario exploite tout l'environnement du cabinet de dentiste: l'ennuyeuse salle d'attente, les outils stérilisés... et évidemment le fauteuil de soin, lieu de toutes les appréhensions et de tous les fantasmes. Le dentiste exploite aussi le terrible sentiment de vulnérabilité qui étreint le patient abruti par l'anesthésie tandis qu'un inconnu bricole à l'intérieur de sa bouche avec des outils coupants et dangereux. Ainsi, après inhalation d'un gaz insensibilisant, une femme est complètement inconsciente que le docteur Feinstone lui démolit une dent à grand coup de fraise (image très désagréable!).

Malgré les qualités de la réalisation, de l'interprétation et du scénario, Le dentiste souffre néanmoins d'une trame un peu trop prévisible, parfois un peu lente. Il a néanmoins suffisamment d'atouts pour convaincre l'amateur de cinéma d'horreur. On appréciera particulièrement le portrait de ce praticien dérangé qui est, à sa façon, un grand idéaliste.
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