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Au XIXème siècles, dans la ville d'Édimbourg, le docteur Knox a besoin de cadavres frais pour enseigner la médecine à ses étudiants. Mais le gouvernement ne lui fournit que quelques rares corps de condamnés à mort. Il paie alors quelques voyous pour qu'ils aillent déterrer des maccabés dans les cimetières. Un jour, deux vauriens, Hare et Burke, décident d'assassiner des mendiants et de vendre ces cadavres au savant...



L'impasse aux violences a été produit par des concurrents de la Hammer, cette compagnie britannique spécialisée dans l'horreur qui accumulait les succès depuis Frankenstein s'est échappé (1957) de Terence Fisher. On retrouve d'ailleurs ici une de ses stars : Peter Cushing (Frankenstein s'est échappé entre autres, mais aussi La guerre des étoiles (1977)...). Ases côtés, on trouve Donald Pleasance (Halloween (1978) de John Carpenter, On ne vit que deux fois (1967)...) dans un de ses meilleurs rôles. Le réalisateur John Gilling travailla dans de nombreux genres du cinéma populaire anglais. Il mettra son talent au service de la Hammer pour des films comme L'invasion des morts-vivants (1966) ou La femme reptile (1966).
L'impasse aux violences s'inspire d'un fait divers réel, l'affaire des "résurrectionistes", qui avait fait beaucoup de bruit en son temps. Elle avait déjà donné lieu à plusieurs films, comme Le récupérateur de cadavres (1945) de Robert Wise (La maison du diable (1963), West Side story (1960)...). Ici, l'ambiance est résolument influencée par les productions de la Hammer, bien que la couleur, élément caractéristique de ces films, soit absente. On retrouve donc une atmosphère typiquement Gaslight et définitivement british, ainsi qu'une violence et une cruauté très enlevées.

Hare et Burk, les deux ignobles malfaiteurs qui sévissent dans les bas-fonds d'Édimbourg, sont formidablement interprétés par Donald Pleasance et George Rose. Burke est plus ou moins un imbécile heureux, grossier et ricanant. De son côté, Hare est un personnage d'une méchanceté inouïe, passant son temps à mettre au point des mauvais coups, et prêt à tout pour ramasser une guinée d'or. Cela ne le gène pas non plus d'être cruel uniquement pour le plaisir, et il ne renâcle jamais quand il s'agit de s'en prendre à une personne plus faible que lui (enfant, femme...). Donald Pleasance lui prête sa trogne extraordinaire et son regard glaçant. Si l'allure de ces vauriens évoquent irrésistiblement les deux mauvais sujets qui piègent Pinocchio (1940) dans le dessin animé Disney, la dégaine de Hare, la manière dont il joue nonchalamment de sa canne, son regard froid, sa totale absence de scrupules et de compassion semblent annoncer Alex et ses drougs dans Orange mécanique (1971) de Kubrick.

Hare et Burke se livrent à des crimes ignobles, rendus insoutenables par la réalisation de Gilling. L'horreur n'est pas rendue par des effets gore, mais en insistant sur la lente et pénible agonie des victimes ainsi que sur l'impassibilité, voire l'excitation, des assassins. Ils n'hésitent pas à étouffer un jeune garçon en lui enfonçant la tête dans des excréments de porcs, ni à étrangler des vieillards ou à violenter des jeunes filles. Mais ce sadisme est bien partagé. Lorsque Burke est exécuté par la police, son horrible pendaison se fait sous les rires des voyous de toute la ville venus assister à ce cruel spectacle.

A l'autre bout de l'échelle sociale, on trouve le docteur Knox, interprété impeccablement par un Peter Cushing au sommet de son art. Obsédé par son travail de chercheur et extrêmement intelligent, il est bien conscient de la provenance des cadavres frais que lui apportent les deux meurtriers. Mais pour lui, la vie de quelques mendiants ou prostituées ne pèsent guère face aux progrès scientifiques permis par ses travaux anatomiques. Les bourgeois de la ville ne sont pas non plus trop scandalisés, puisqu'ils considèrent avec fatalisme et hypocrisie que ces "pauvres créatures" sont plus heureuses mortes que vivantes.

On admirera encore la qualité de la reconstitution d'époque et la rigueur de la réalisation. L'impasse aux violences propose encore une romance entre un jeune étudiant en médecine et une prostituée, qui donne une certaine épaisseur aux personnages et souligne la dureté des cloisonnements sociaux de cette époque. On pourra néanmoins trouver qu'elle est un peu envahissante au début du métrage. Mais le reste du film est irréprochable.

L'impasse aux violences bénéficie d'une fin remarquable d'intelligence, où la rencontre avec un enfant des quartiers pauvres va pousser Knox à remettre en question ses idées arrogantes et cyniques sur la médecine et la réussite.
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