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Un couple de jeunes bourgeois et leurs deux enfants s'installent dans un appartement ancien du treizième arrondissement de Paris. Un jour, un homme et une sœur, très âgés, viennent les voir et déclarent qu'ils y ont vécu. Après cette visite, les enfants se comportent d'une manière étrange...



Après le joli succès du slasher français Promenons-nous dans les bois (2000) de Lionel Delplanque, ses producteurs ont fondé Bee movies, une petite compagnie destinée à produire des films de genre à petit budget. Jeu d'enfants est donc la première oeuvre qu'ils nous proposent : monté pour à peine 7 millions de francs, ce thriller fantastique est toutefois plus proche du suspens familial de Harry, un ami qui vous veut du bien (2000) de Dominik Moll que de Promenons-nous dans les bois. Malgré ses moyens limités, il bénéficie de la présence de comédiens prestigieux, comme Charles Berling (Ridicule (1996) de Patrice Leconte...) ou Karin Viard (La nouvelle Ève (1999)...). Il s'agit de la seconde réalisation de Laurent Tuel, qui avait auparavant réalisé Le rocher d'Acapulco (1996), un drame psychologique avec Howard Vernon (L'horrible docteur Orloff (1962) de Jesus Franco, Delicatessen (1991) de Jean-Pierre Jeunet...).

Comme son nom l'indique, ce film fonctionne sur la présence inquiétante et insolite que peuvent avoir les enfants dans des œuvres à caractère fantastique. Le décalage entre leur apparence lisse et innocente d'une part, et leur comportement pervers et menaçant d'autre part, crée ainsi une atmosphère tout à fait malsaine et déstabilisante pour le spectateur adulte. A ce titre, Laurent Tuel ne cherche pas à masquer ses influences : on pense évidemment aux inquiétantes têtes blondes du classique Les innocents (1961) de Jack Clayton, à la manière dont Damien décime son entourage familial dans La malédiction (1976) de Richard Donner, ou à l'atmosphère inquiétante de la première partie de Sixième sens (1999) de M. Night Shyamalan. L'épouvante reste ici tendue et suggestive : les gamins ne commettent jamais des excès aussi débridés que la petite fille zombifiée qui massacrait sa mère à coup de truelle dans La nuit des morts-vivants (1968) de George Romero, que Regan et ses provocations spectaculaires dans L'exorciste (1973), ou que le petit serial killer dans Phenomena (1985) de Dario Argento. On note encore que le réalisateur invoque aussi d'autres classiques de l'épouvante familiale : le personnage du père influencé par des forces malfaisantes rappelle beaucoup Jack Torrance dans Shining (1979) de Kubrick; quand à la mère qui sombre dans la paranoïa et dans l'angoisse, elle évoque beaucoup les héroïnes des grands films de Polanski, comme Répulsion (1965) et surtout Rosemary's baby (1968).

On apprécie qu'Un jeu d'enfants se veuille un film d'épouvante très classique, qui soigne avant tout son atmosphère grâce à un travail sur les bruitages (murmures, silence...) et sur des éclairages ocres surnaturels  et mélancoliques. Certaines séquences parviennent à créer un suspens tout à fait réussi (la baignoire). On apprécie également les performances des comédiens qui jouent à fond le jeu de l'horreur au premier degré : si Berling s'en tire très correctement, c'est surtout Karin Viard qui impressionne en restituant l'inquiétante descente aux enfers d'une mère fragile dont la personnalité est lentement démolie par ses propres enfants.

Pourtant, Le film souffre tout de même d'une lenteur assez rédhibitoire. A force de trop se concentrer sur les effets d'atmosphère, la réalisation oublie d'imprimer un rythme efficace à son récit qui, en plus, manque singulièrement de rebondissements significatifs. Il en ressort une impression de manque de densité et d'efficacité, qui finit par provoquer une certain ennui. Certaines scènes-chocs sont hélas un peu ridicules (l'apparition du grand-père...) et la conclusion laisse le spectateur sur une impression de récit inabouti. De même, certains personnages semblent très sous-exploités (la grand-mère, le policier...).

Malgré une volonté perceptible de faire un film d'épouvante honnête, Un jeu d'enfants souffre d'un récit et d'une réalisation manquant gravement de nervosité. Toutefois, la performance de Karin Viard rend ce film assez attachant.

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