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Capturé et torturé par une secte qu'il tentait d'infiltrer, un policier parvient à s'échapper et à rapporter des informations à Scotland Yard. On fait alors appel à Van Helsing, un spécialiste de l'occultisme, pour aider à résoudre cette affaire...



Dracula vit toujours à Londres est le dernier Dracula interprété parChristopher Lee produit par la Hammer, qui avait commencé cette saga avec Le cauchemar de Dracula (1958) de Terence Fisher. C'est d'ailleurs la dernière fois que Lee portera la cape du fameux vampire pour cette firme. Le film précédent était Dracula 73 (1972) qui avait la particularité de faire vivre à Dracula des aventures au "présent" (dans les années 1970, donc). Dracula vit toujours à Londres sera tourné parallèlement au dernier Frankenstein de cette compagnie : Frankenstein et le monstre de l'enfer (1974), par ailleurs la dernière oeuvre de Terence Fisher (Frankenstein s'est échappé ! (1957)...). Le réalisateur d'origine canadienne Alan Gibson venait de réaliser Dracula 73. Si cette firme abandonnera pratiquement toute velléité de produire des oeuvres pour le cinéma à partir du milieu des années 70, Gibson l'accompagnera lorsqu'elle se mettra à travailler pour la télévision, notamment pour la série TV Hammer house of horror. Gibson réalisera aussi deux autres films pour le cinéma : Crash (1977) consacré à des courses de voitures ; Martin's day (1984), un film avec James Coburn dans lequel un criminel fugitif prend un enfant en otage.
En tête du casting de Dracula vit toujours à Londres, on retrouve évidemment les deux stars de la Hammer : Christopher Lee (Le cauchemar de Dracula...), le plus fameux des Dracula ; et Peter Cushing qui joue, comme dans Dracula 73, le rôle de Larimer Van Helsing, descendant direct du Van Helsing du XIXème siècle (qu'il interprétait dans Le cauchemar de Dracula...), et chasseur de vampire, tout comme lui. On reconnaît aussi Freddie Jones (Elephant man (1980) et Dune (1984) de David Lynch, Et vogue le navire (1983) de Frederico Fellini...), ainsi que Joanna Lumley, qui devait devenir une star du petit écran en interprétant Purdey dans la série Chapeau melon et bottes de cuir de 1976 et en jouant Patsy dans Absolutely fabulous de 1992 à 1996 : ici, elle est Jessica Van Helsing, petite fille du personnage joué par Peter Cushing !

Le début des années 1970 a été rude pour la Hammer. Innovant de moins en moins, elle se contenta souvent de reprendre ses personnages vedettes (Dracula et le professeur Frankenstein) dans de multiples séquelles. Le cas de Dracula est particulièrement évident. Le dernier sursaut gothique est Une messe pour Dracula (1970) de Peter Sasdy, sorti alors que, après les triomphes de Rosemary's baby (1968) de Roman Polanski et La nuit des morts-vivants (1968) de George Romero, le public trouvait ce style bien démodé. La Hammer décida ensuite de confronter ce mythe à la modernité de l'époque. Alan Gibson fera donc Dracula 73 avec Christopher Lee, dans lequel le vampire sévit en plein Londres décadent et psychédélique. Hélas, le public ne suivra pas trop et les fans crieront à la trahison de la mythologie. Peu après, la Hammer co-produira, avec les Shaw brothers de Honk Kong, Les sept vampires d'or (1974) de Roy Ward Baker, dans lequel Dracula (interprété cette fois par John Forbes-Robertson) pactisait avec des vampires chinois adeptes du kung fu pour affronter Van Helsing (toujours joué par Peter Cushing) : exploitant sans vergogne les succès internationaux du cinéma de Kung Fu, tels les films de Bruce Lee (qui venait de mourir en 1973, juste après le tournage de Opération dragon (1973)), ce panachage étonnant fut aussi considéré comme symptomatique de la décadence de l'horreur britannique des années 1960. Il avait pourtant quelques longueurs d'avance sur Blade (1998) de Stephen Norrington dans lequel Wesley Snipes joue un vampire spécialisé dans les arts martiaux ! Ce sera en toutcas la dernière aventure de Dracula produite par la Hammer.

Dracula vit toujours à Londres, suite directe de Dracula 73, se déroule donc dans les années 1970. On découvre, comme d'habitude, que Dracula a survécu à la fin de l'épisode précédent, ce dont ne semble pas s'étonner Van Helsing, désormais bien fataliste à ce sujet (depuis Une messe pour Dracula, on sait que quelques sectateurs zélés et bien informés peuvent ramener le prince des ténèbres à la vie sans trop de difficultés). Ici, l'actualisation du mythe va consister à traiter le récit à la manière d'un film d'espionnage, comme un James Bond ou un épisode de la série TV Mission : impossible. La célébrité internationale de Christopher Lee allait d'ailleurs culminer à la même époque avec son rôle de méchant dans le James Bond L'homme au pistolet d'or (1974) de Guy Hamilton. Dracula s'adapte ici au vingtième siècle en devenant le puissant chef d'entreprise d'une multinationale du crime, corrompant aussi bien les hommes politiques que les militaires ou les savants. Son réseau devient si vaste et redoutable que seuls les services secrets sont à même de déjouer ses plans machiavéliques. Car, une fois n'est pas coutume, Dracula a un plan précis : il veut tout simplement détruire l'humanité, qu'il déteste, à l'aide d'un virus, et ainsi faire triompher le mal.

Si cette idée de mettre Dracula à la tête d'une association, ressemblant SPECTRE des James Bond, ne manque pas de charme, il faut avouer que sa concrétisation pose problème. D'abord, les moyens financiers commencent à faire cruellement défaut : alors qu'il est supposé être richissime, le prince des ténèbres n'a en tout et pour tout qu'une armée de quatre gardes, et sa demeure n'est guère luxueuse. On est aussi très loin des beaux décors de Bernard Robinson et des éclairages magnifiques de Jack Asher qui incarnaient le style des plus somptueux classiques de la Hammer. La photographie est souvent banale, quand elle n'est pas indigente (paradoxal pour un film de cette compagnie : ce sont les scènes d'extérieur qui sont les plus belles plastiquement, avec notamment de beaux crépuscules). Le récit manque parfois de dynamisme, et les séquences érotiques (une jeune fille nue se tortille en gémissant, allongée sur l'autel d'une messe noire, tandis qu'on l'asperge de sang) ou sanglantes ne sont pas filmées avec beaucoup de conviction.

Pourtant, le récit est assez amusant pour se suivre sans ennui et certains passages sont relativement efficaces : l'incendie de la demeure, ou la défaite de Dracula (qui se révèle allergique à l'aubépine, car la couronne du Christ en était faite). Surtout, les interprètes sont assez convaincants, notamment Christopher Lee et Peter Cushing, qui mettent toujours autant de conviction dans leur travail, alors même que l'histoire laisse parfois un peu à désirer. Cette nouvelle mouture des aventures macabres de Dracula n'a convaincu ni les fans (qui y ont vu une trahison du mythe), ni le grand public. Ce sera donc l'avant-dernier des Dracula tourné par la Hammer, qui cessera pratiquement toute activité de production pour le cinéma pendant la seconde moitié des années 1970. On retrouvera néanmoins Christopher Lee avec la cape du prince des ténèbres dans la comédie française Dracula père et fils (1977) d'Edouard Molinaro (La cage aux folles (1978)...), avec Bernard Menez.

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