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Surahki

Le thème du monstre haut comme un gratte-ciel qui pète tout sur son passage est vieux comme l'humanité. Depuis toujours, les hommes ont imaginé des créatures colossales qui, guidées par la colère des dieux, dégoûtées par la nature humaine ou réveillées par des expériences nucléaires, émergeraient du fond des océans, d'une faille africaine ou d'un volcan endormi. Citons ainsi en vrac les Titans de la mythologie grecque, le Léviathan dans la Bible, le Kraken, dont les premières traces apparaissent sous d'autres noms dans une œuvre norvégienne de 1250, …

Chaque époque a ainsi amené son lot de créatures infernales plus ou moins monstrueuses et titanesques, jusqu'au 20ème siècle qui en fit réellement un phénomène de mode ; apparaissent alors des œuvres contemporaines sur le thème du monstre géant qui deviendront de véritables mythes, avec notamment le livre de Sir Arthur Conan Doyle Le monde perdu de 1912, qui donnera lieu à une adaptation cinématographique muette en 1925, dans lequel une expédition scientifique menée par le professeur Challenger se rend sur un plateau montagneux en Amazonie où vivent encore des animaux préhistoriques ; King Kong arrivera en 1933 dans lequel un cinéaste à court d'argent part sur une île mystérieuse pour réaliser un tournage et découvre une population d'indigènes qui vénère un singe gigantesque. Et bien sûr, notre maître Lovecraft, qui nous offre les cyclopéens Cthulhu, Dagon et autres entités tentaculaires. Les années 50 constitueront véritablement l'apogée du film de monstres et d'envahisseurs, principalement aux Etats-Unis où ils symbolisent la menace du communisme, à une époque où le maccarthysme est des plus présents. Des films tels que La chose d'un autre monde (The thing from another world) (1951), Les monstres attaquent la ville (Them !) (1954), L'attaque de la femme de 50 pieds (Attack of the 50 foot woman) (1958) fleurissent pendant cette décennie, et c'est à la même époque que sort Godzilla, en 1954, exploitant la peur du nucléaire et de ses radiations. Depuis, nombre de films ont exploité le genre avec plus ou moins de succès, soit en réactualisant les anciens monstres par des remakes, soit en essayant d'en créer de nouveaux, menant le genre vers une saturation qui a amené la difficulté pour une œuvre actuelle de se démarquer des dizaines qui ont déjà été réalisées. Alors, ce Cloverfield arrive-t-il à imposer quelque chose de nouveau dans le paysage du film de monstre ?

Je répondrai à cela oui et non. Dans son fond, Cloverfield est très classique : un vilain monstre très énervé sort de la baie de Manhattan et commence à tout fracasser sans demander leur avis aux habitants locaux qui devant la bestiole, choisissent d'opérer une prudente retraite en hurlant et en détalant comme des lapins. La créature elle-même ressemble à un croisement entre Cthulhu (la rumeur courut d'ailleurs avant la sortie du film qu'il s'agirait d'une adaptation de la nouvelle L'appel de Cthulhu), Godzilla, et nombre d'aliens déjà vus ici et là. Son aspect et celui de sa « progéniture » peut manquer d'originalité, mais pas d'efficacité.
Là où le film a su se rendre un peu plus original que la moyenne, c'est qu'on ne sait rien sur cette créature : quelle est son origine, qu'est-ce qui a causé sa colère, recherche-t-elle quelque chose de précis ? Ceci nous évite une sempiternelle explication pseudo-scientifico-mystico-foireuse et des heures de parlote inutile. Ici, on va à l'essentiel, en laissant l'imagination du spectateur compléter les zones d'ombre : le monstre attaque, les personnages essaient de survivre et de se protéger, tout en filmant ce qui se passe pour en garder une trace si jamais ils devaient mourir. En effet, à la manière d'autres films tournés avant (The Blair Witch project) et après (Rec, Paranormal Activity, District 9), ce sont les personnages eux-mêmes qui ont tourné le film, et leur caméra ou leur cassette fut retrouvée ultérieurement.

Au final, on se retrouve devant un film efficace, qui ne révolutionnera pas le genre, mais qui apporte sa petite touche personnelle à un style qui en avait bien besoin. Maintenant, voyons ce que l'on pourrait tirer de ce film comme matière de base pour l'AdC. Faire jouer des civils ou des militaires durant l'attaque du monstre me semble assez inapproprié dans le cadre de l'Appel. Par contre, il pourrait être intéressant d'imaginer un scénario Delta Green qui ferait suite aux événements du film. Des agents d'une cellule spéciale pourraient ainsi mener une enquête sur la créature responsable de ce massacre, sur son origine exacte… Bien sûr, cela nécessitera un énorme travail de préparation de la part du Gardien, mais n'est-ce pas là l'un des grands plaisirs du jeu de rôle ?
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