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Qu'il ait été influencé par Poe, Lewis et Byron n'explique pas tout. Pour donner naissance à une œ ;uvre littéraire unique et profondément originale, Lovecraft se devait d'avoir connu un destin hors norme. Névrosé, fragile et hypersensible, HPL ne ressemblait en rien à un héros de roman d'aventure. Son génie macabre et maladif traduisait les angoisses d'un homme accablé par un monde qui lui paraissait insupportable. En 1990, Lovecraft aurait eu 100 ans. Malheureusement, son existence fut relativement brève...

Les parents
Winfield Scott Lovecraft et Sarah Susan Phillips étaient faits pour s'entendre. L'un comme l'autre, ils étaient d'ascendance anglaise et notoirement instables sur le plan psychologique.
Winfield Lovecraft fut longtemps voyageur de commerce, un métier qui lui procurait des revenus modestes. Son attitude compassée, voire pédante, ne le rendit guère sympathique à ses contemporains. Winfield était en outre un homme malade. Atteint de parésie (un mal qui se traduit par des paralysies temporaires), il était également sujet à des crises de dépression nerveuse.
Sarah Phillips, quant à elle, était une femme distinguée, issue d'une famille nombreuse. Son père semble l'avoir beaucoup gâtée quand elle était enfant, au point de l'avoir rendue incapable d'affronter seule les vicissitudes de l'existence. Elle révéla rapidement des tendances névrotiques, mais s'employa toujours à éduquer son fils comme elle-même l'avait été. En le surprotégeant pendant son enfance, elle contribua largement à faire de lui un être asocial.

Un enfant effacé
Howard Phillips Lovecraft naît le 20 août 1890 à Providence, Rhode Island, une charmante petite ville située en plein coeur de la Nouvelle Angleterre. Cette superbe région des Etats-Unis a toujours été réputée pour le conservatisme et le
fanatisme religieux de ses habitants. C'est donc dans une cité marquée du sceau du rigorisme que le jeune Lovecraft voit le jour. Il y passera la majeure partie de son existence.
Pendant sa petite enfance, HPL va pourtant vivre plusieurs années chez une amie de sa mère, la poétesse Louise Imogen Guiney. Mrs Guiney habitait à Auburndale dans le Massachusetts et méritait amplement le qualificatif "d'originale".
Alors qu'Howard n'a que trois ans, son père tombe gravement malade et doit être placé dans une institution. Il y mourra cinq ans plus tard, sans que son fils sache jamais de quel mal il était atteint.
HPL acquiert très tôt le goût de la littérature et dévore rapidement tous les ouvrages contenus dans la bibliothèque familiale. Sa précocité est étonnante et il déclare lui-même avoir commencé sa carrière d'écrivain à cinq ans ! Malheureusement, son hypersensibilité et son goût pour la rigueur n'en font pas un compagnon de jeu très agréable. Il a du mal à se faire des amis et se réfugie fréquemment dans une solitude peuplée de longues rêveries.
A huit ans, il se découvre une profonde attirance pour les sciences. Sa première passion, la chimie, le pousse même à s'aménager un petit laboratoire dans la cave de la maison familiale. Au bout de quelque temps, il s'emballe pour la géographie, et tout particulièrement pour le continent antarctique. Enfin, toujours avide de nouvelles découvertes, il se tourne vers l'astronomie et les espaces interstellaires infinis.
Ces trois passions enfantines auront une importance considérable sur ses œ ;uvres à venir...
Howard commence par écrire des poésies et des textes "sérieux" (scientifiques et classiques), mais il aime avoir peur et tombe sous le charme de Poe. Dès treize ans il rédige un récit d'horreur gothique : The Beast in The Cave.

L'adolescence assassinée
Le grand-père de Lovecraft, Whipple V. Phillips, meurt alors qu'il n'a que 14 ans. Ce décès est une véritable catastrophe. En effet, le vieil homme soutenait financièrement sa famille et sa disparition va plonger HPL et ses proches dans une situation difficile. Lovecraft n'a rien d'un "gagneur" et il va devoir accepter toutes sortes de petits travaux mal rémunérés pour survivre en gagnant moins de 15 dollars par semaine... jusqu'à la fin de ses jours.
Fasciné par Sherlock Holmes et Nick Carter, il fonde à treize ans la "Providence Detective Agency" dont il devient - bien évidemment - le chef. Il collabore bientôt à une sorte de "fanzine", The Rhode Island Journal of Astronomy, et, à seize ans, il fournit chaque mois un article d'astronomie à la revue Tribune de Providence.
Ses études sont chaotiques. Il va bien à l'école (et notamment au Hope College), mais de façon assez irrégulière. Son tempérament maladif lui posait en effet de graves problèmes d'intégration. Il étudiera surtout seul, en lisant tous les livres qui lui tombent entre les mains.
Pendant tout le temps qu'il passera dans la demeure familiale, il vivra surtout en compagnie de sa mère et de ses tantes. Dans cet environnement exclusivement féminin, il n'y a rien d'étonnant à ce que le jeune HPL n'ait jamais manifesté la moindre preuve de virilité.

Les stigmates du génie
Tout le monde s'accorde à penser aujourd'hui que Lovecraft possédait un véritable génie pour écrire des histoires terrifiantes. Son œ ;uvre a marqué profondément l'inconscient du XXème siècle. Sans lui, l'épouvante n'aurait peut-être jamais acquis ses lettres de noblesse. Pourtant, de son vivant, Lovecraft fut un peu l'archétype de l'artiste torturé et il n'avait pas que des qualités. Ainsi, HPL fit toujours preuve d'un racisme très primaire et certains commentateurs voient dans les Profonds qui reviennent souvent dans son œ ;uvre, des parodies d'hommes de couleur. Il ne faut cependant surtout pas oublier la morale ultra-conservatrice qui régnait en Nouvelle Angleterre au début du siècle...
Lovecraft fut toute sa vie un rêveur invétéré et les cauchemars qui le hantaient ont donné naissance à ses plus beaux textes (A la recherche de Kadath, notamment). Mais les rêves n'étaient pas ses seules sources d'inspiration. Ainsi, son aversion pour le froid se manifeste plusieurs fois dans ses nouvelles (ex : Air froid ou Les montagnes hallucinées). Son goût pour l'astronomie explique manifestement le foisonnement de créatures extraterrestres que l'on trouve dans ses récits.
Avant d'accéder à la reconnaissance publique, Lovecraft eut une grande influence sur ses correspondants épistolaires. Ainsi, c'est lui qui poussa Robert Bloch (auteur de Psychose) à écrire. Mais nombreux sont aussi ceux qui lui doivent les aspects les plus sombres de leur œ ;uvre : R.E. Howard, Frank Belknap Long, Clark Ashton Smith, etc.

Perdu dans le monde des adultes
En 1914, Lovecraft adhère à l'United Amateur Press Association, ce qui lui permet de se faire quelques amis avec lesquels il entretiendra de longues correspondances épistolaires. Le fanzine "United Amateur" publie deux ans plus tard une nouvelle qu'il a écrite à 18 ans : The Alchemist.
Sa situation s'aggrave considérablement quand sa mère, qui exerce sur lui une influence aussi affectueuse que tyrannique, tombe malade alors qu'il a vingt-neuf ans. Epuisée mentalement et obsédée par les problèmes d'argent, Sarah Susan meurt en 1921. Elle resta persuadée jusqu'au bout que son fils était un "grand poète". Howard, acculé par les événements, décide alors de tenter sa chance en tant que "nègre" (pour le célèbre magicien Houdini, entre autres) et critique littéraire. Pas un instant, il n'envi
sage de tirer parti de ses profonds talents d'écrivain. Angoissé, peu sûr de lui, il se montre totalement inadapté à la vie en société et ses doutes intimes anéantiront toute ambition en lui.
Il collabore rapidement à la nouvelle revue Weird Tales (fondée en 1923) et son travail lui permet de se faire de nouveaux amis et d'encourager d'autres auteurs.
A 27 ans, Lovecraft tente de s'engager dans la garde nationale de Rhode Island (une idée étonnante vu son tempérament), mais on décèle chez lui des "troubles nerveux" incompatibles avec la vie militaire.
Pendant longtemps, il se refuse à quitter Providence et voyage rarement, si ce n'est - de temps à autre - pour rendre visite à un ami ou à un parent éloigné.
Sa participation à Weird Tales lui permet cependant de rencontrer Mrs Sonia Greene, une femme d'affaires qui s'était piquée d'écrire des contes fantastiques. Il réécrit une de ses nouvelles, The Invisible Monster, et les deux jeunes gens sympathisent peu à peu.
Sonia Greene est une jolie brune pleine d'assurance qui n'est pas insensible au charme du timide écrivain de Providence... et ce qui devait arriver arriva : Lovecraft finit par l'épouser à New York en mars 1924. Le mariage ne durera pas longtemps. Howard ne supporte pas la vie à Brooklyn et les problèmes d'argent s'accumulent. Les époux se séparent après seulement deux ans de vie commune.
Echaudé par son expérience à New York, il s'empresse bien vite de rentrer à Providence ...

Une fin en pente douce
Lovecraft dort peu et passe ses journées à écrire. Rarement on aura vu un homme qui aimait autant l'écriture. Il ne se contente pas de réécrire les textes misérables que lui communiquent ses employeurs, il entretient également une correspondance prodigieuse (cinq millions de mots) avec une centaine de personnes habitant aux quatre coins des Etats-Unis. Paradoxalement, Howard consacre relativement peu de temps à ses activités d'écrivain proprement dites. Pour lui, ses nouvelles constituaient un délassement, un plaisir intime, qu'il ne fallait pas galvauder. D'autant qu'il avait une faible opinion de ses qualités littéraires. Aussi étrange que cela puisse paraître, il se trouvait trop "commercial" !
Quoi qu'il en soit, ses nouvelles se publient avec de plus en plus de facilité.
Deux d'entre elles (La couleur tombée du ciel et L'Abomination de Dunwich) sont même citées comme faisant partie des meilleures publiées en 1928. Il jouit désormais d'une petite réputation flatteuse qui lui vaut de voir ses textes édités dans le London Evening Standard. Sa situation financière ne s'en améliore pas pour autant...
HPL aime la nuit. C'est alors qu'il préfère écrire, quand il ne se promène pas longuement dans les vieux quartiers de Providence sur les traces d'Edgar Allan Poe. Le jour, il fait tout pour bannir la lumière de sa maison. Volets fermés, il travaille à la lumière d'une lampe électrique.
En 1932, il s'installe au 66 College Street, dans une vieille demeure en bois où il restera jusqu'à la fin de ses jours. Lovecraft souffre depuis longtemps déjà d'une maladie rare qui le rend extrêmement sensible aux écarts de température, Pendant des années, il se sent bien seulement quand il règne entre 20 et 300 chez lui. Son mal empirera progressivement, et il finira par ne plus supporter des températures inférieures à 30'. Cette affection le transformera progressivement en reclus. De solitaire, HPL deviendra avec le temps un "isolé".
Chose étrange : les innombrables lettres écrites par Lovecraft au cours des dix dernières années de sa vie laissent entendre qu'il prévoyait sa fin. Ses pensées morbides se tournaient fréquemment vers le cimetière où il serait enterré et il parlait de sa mort prochaine comme d'un événement attendu. De fait, sa santé ne va pas cesser de se dégrader dans les années 30. Fin février 1937, il est hospitalisé au Jane Brown Memorial Hospital de Providence. Le 15 mars suivant, il décède d'un cancer de l'intestin. Il est enterré au Cimetière de Swan Point, comme il l'avait prévu. Sa dernière retraite ne porte aucune pierre tombale...
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