Forums ■ [PbF] ■ Blogs ■ Toceur(euse)s  » Chat
TocCyclopédie ■ Époques
Notes et transcription : chris-@-cinebis.org">Christophe Thill

ICI ON DÉSINTÈGRE !
(Chronique des livres)

Dans l'abîme du temps, de H. P. Lovecraft (Denoël), est la suite, si l'on ose dire, de La Couleur tombée du ciel, du même auteur, parue chez le même éditeur il y a quelques semaines. "Suite" est d'ailleurs un mot relatif, puisque ces deux titres ont été publiés groupés en langue anglaise. Ne se composent-ils pas de nouvelles indépendantes ? Le nouveau volume (fort bien traduit par Jacques Papy) se présente, comme le précédent, sous l'aspect de quatre récits dont le premier, The Shadow out of Time, donne son titre au recueil. Son héros, Nathaniel Wingate Peaslee, professeur d'économie politique à l'université de Miskatonic, succombe un jour, en plein cours, à une crise d'amnésie et ne redevient lui-même que quatre ans plus tard. Et pendant ces quatre années, son comportement est des plus bizarres. En réalité, il est "possédé" par un de ces Anciens, nos prédécesseurs sur la Terre, mais n'ayant rien d'humain et qui, jouissant de facultés inconnues de l'homme, sont capables de se substituer à la personnalité de n'importe quel être, vivant dans n'importe quel temps, cependant que celle de leur victime prend occasionnellement la place dans leur propre corps. Ce même Peaslee, voyageant en Australie quelques années plus tard, aura l'occasion de constater qu'il n'a pas rêvé, puisqu'il tombera sur des vestiges de la civilisation des Anciens, vieille de millions de siècles.

La deuxième nouvelle, La Maison de la sorcière (The Dreams in the Witch House) -- à ne pas confondre avec un roman au titre quasi-similaire, dont nous parlons un peu plus bas [1] -- est l'histoire d'un jeune étudiant, Walter Gilman, qui, vivant dans une maison jadis occupée par une sorcière, finit par effectuer des excursions dans l'inconnu où il rencontre l'ex-maîtresse de céans, son adjoint -- un rat à face humaine -- et, finalement, le diable lui-même qui veut lui faire signer un pacte -- avec du sang, comme il se doit. Mélange de rêve, d'irréalité et de semi-réalité, cette nouvelle n'en finit pas moins de façon très réelle et laisse le lecteur dans une certaine inquiétude, voire une certaine perplexité.

L'Appel de Cthulhu (The Call of Cthulhu) est encore une histoire diabolique où il est question de possession, de culte vaudou, etc. Cthulhu est un génie du Mal, peut-être même le Malin en personne [2], dont l'aspect physique nous est révélé dans les dernières pages du récit. Habitude ou autre chose, mais cette histoire nous a semblé moins terrifiante que le reste.

Les Montagnes hallucinées (At the Mountains of Madness) est la nouvelle la plus longue et aussi la meilleure du recueil (qui nous a paru légèrement plus faible que le précédent, tout en se classant à cent coudées au-dessus de l'ouvrage fantastique moyen). C'est l'histoire d'une expédition organisée au Pôle Sud et au cours de laquelle les explorateurs découvrent des montagnes plus hautes que l'Himalaya et les vestiges d'une civilisation antique, non humaine, et dont on ne peut dire exactement que ses représentants aiment l'homme. C'est un magnifique récit de terreur et de suspense, basé sur des données d'autant plus plausibles qu'elles paraissent scientifiques et offrant en outre tout le charme d'un documentaire.
Igor B. Maslowski
Fiction, n°14, janvier 1955, p. 109 et 111.


Notes :

1. Il s'agit de La Maison des sorcières d'Evangeline Walton (Fleuve Noir). Retour

2. Après la "possession" mentionnée à propos de Dans l'abîme du temps, et Nyarlathotep assimilé au diable, voici Cthulhu ramené au rang d'un simple esprit malin, ce qui n'est pas vraiment lui rendre justice. Retour
Tous les matériels trouvés sur ce site sont la propriété de leurs auteurs respectifs. Toute utilisation de ressource trouvée ici est régie par les Creative Commons. Logo & Déco intérieure par Goomi
Pour toute question quant à leur utilisation, contactez-nous: .