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"Trente jours que je suis là.
Voilà pourquoi je pue. Trente jours déjà.
On est belle pourtant quand on a dix-sept ans."


Paris, mars 1975. Des morceaux de chair humaine sont retrouvés dans un sac, abandonné dans une ruelle.
Les chiens se disputent le trophée. A proximité, un clochard mort, la nuque brisée.
Pour la police, c'est l'enlisement... dans ces restes, rien qui ne permette d'identifier quoique ce soit: pas d'organe, d'yeux, de dents... de la chair, du muscle, voilà tout.

Puis les premiers indices se révèlent. Dans l'estomac d'un des chiens, on trouve un pictogramme chinois, tracé sur du papier avec le sang de la victime. Par la poste arrive la carte d'identité d'une jeune femme disparue, tamponnée avec le même sang.
Nouveau corps, nouveau pictogramme, l'horreur se profile, avec un mot qui ne semble pas encore exister pour l'époque : tueur en série.

Petit à petit, l'enquête s'oriente vers les vétérans de la dernière grande boucherie de la France: Dien Bien Fu.
Plongée angoissante dans le monde de ceux qui sont partis à l'abattoir pleins de patriotisme, et qui en sont revenus traumatisés, estropiés ou morts, ne gagnant que le mépris et l'oubli de ceux pour lesquels ils se sont battus.


Bretin et Bonzon, qui n'en sont pas à leur coup d'essai, tissent ici une œuvre sombre, glauque et malsaine à souhait, où tout est à l'image de leur écriture : double, ambivalent. L'ambiance est lourde et dense, tous les protagonistes étant abordés de façon assez complète, jusque dans leurs vices. Rapidement, on ne sait plus dans quel sens va partir l'enquête, et on guette le tueur page après page.
La solution se glisse pourtant sous nos yeux avec évidence, insidieusement, si bien que l'on se demande comment on a pu passer à côté. La fin arrive comme un fondu au noir, accueillie avec soulagement.

L'ensemble est très riche et documenté. On apprécie l'annexe, simple et efficace, sur les pictogrammes chinois, qui permet de mieux comprendre le cheminement des enquêteurs sur les indices laissés par le tueur.
Si il n'y a pas véritablement d'occultisme dans ce roman, le portrait très juste des vétérans du conflit indochinois et les cheminements de la folie dans les esprits torturés des protagonistes sont des éléments d'ambiance précieux et réutilisables à outrance.

Difficile d'en dire plus sur cet excellent bouquin, qui avoue sa relecture du mythe de Barbe Bleue, sans déflorer l'intrigue. L'ambiance a elle seule vaut les détour et les personnages très typés sont un vrai régal. Quant à l'écriture, atypique, bicéphale, c'est la cerise sur le gâteau.


Malkhut
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