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Jean Balczesak, 41 ans, né à Metz, fils d'immigré polonais, bac informatique, maîtrise en droit .





La Toc Team a interviewé pour vous Jean Balczesak, celui par qui Cthulhu se propagea dans notre pays. Un entretien exclusif avec un Grand Ancien cyclopéennement sympathique... qui nous a répondu dans l'heure ! ! !

L'homme

Qui êtes-vous ? Age, origine (géographique et culturelle)
Jean Balczesak, 41 ans, né à Metz, fils d'immigré polonais, bac informatique, maîtrise en droit.

Pourquoi êtes-vous un Profond et quand vous est venue cette envie de vous baigner au clair de lune ?
Après avoir mangé une boîte de cacahuètes avariées, j'ai commencé à me couvrir d'écailles. J'ai aussitôt contacté les Fantastic Four, mais comme ils étaient au complet, "SuperFish" s'est tourné vers HPL... ;-)

Comment avez-vous découvert Lovecraft ?
Ado (vers 14 ans), j'étais un fan d'Edgar Allan Poe. Un jour, une copine m'a prêté "Je suis d'Ailleurs" (collection Denoël) en me disant : "Tu vas voir, c'est génial !" Elle avait raison... Ensuite, j'ai lu tout ce qui me tombait sous la main.

Comment avez-vous découvert le jeu de rôle ?
En 1980, mon frère Henri (actuel directeur de collection chez Jeux Descartes) m'a fait participer à une partie de Donjons & Dragons (pas Ad&D !). J'en ai rêvé toute la nuit. Ensuite, comme il n'existait aucune traduction à l'époque, j'ai traduit bénévolement les règles du jeu et quelques suppléments, à l'intention de mes amis.

Comment avez-vous découvert l'Appel de Cthulhu ?
(d'abord par lecture puis jdr ou l'inverse)
J'en ai entendu d'abord parler dans la presse spécialisée US (j'étais abonné au magazine Spacegamer). Ce qui m'a laissé très dubitatif. J'imaginais mal que l'on puisse transposer, en termes de jeu, l'univers lovecraftien. Et puis, un beau jour, dans une boutique d'Oxford Street, à Londres, j'ai trouvé la boîte américaine de la première édition du jeu. J'ai beaucoup hésité... et puis je l'ai achetée. Je ne l'ai pas regretté. Pendant près de trois ans j'y ai joué pratiquement trois fois par semaine.En 85, j'ai eu l'immense honneur d'interviewer Robert Bloch, auteur de Psychose et ami d'HPL. Aaaah, la passion a parfois des bons côtés.

Jouez-vous encore souvent ? Si oui, qu'avec des "pointures" ?
Je joue très peu aujourd'hui, mes centres d'intérêt étant plus tournés vers les NTIC ("C" comme "cthulhiennes"). Il m'arrive encore de faire des démonstrations pour des amis qui ne connaissent pas les JdR. J'arrive toujours à avoir des frissons ! Dans le passé, mon groupe de joueurs favoris comprenait dans ses rangs Philippe Dohr et Jean-Marc Daniszewski, co-fondateurs d'Oriflam (une société à laquelle j'ai participé à ses débuts). Jean-Marc fut aussi le créateur des magasins Excalibur, dont il reste encore quelques boutiques en France. Sinon, la partie la plus importante que j'aie jouée était avec Didier Guiserix, mon ami rédac'chef de Casus Belli, au cours de l'été 84. J'ai eu la chance de l'intéresser à l'AdC et c'est pourquoi Casus en a beaucoup parlé par la suite. Il faut savoir, qu'en ce temps-là, 99% des joueurs français ne connaissaient que D&D et Ad&D... ou quelques "daubes" du genre Space Opera ou Daredevils (là, je suis méchant, mais ces jeux ont "empoisonné" le milieu du jeu dans les années 80).

En quoi a constitué votre premier "job" sur l'AdC ?
Convaincre Descartes d'en faire une version française ! J'étais prêt à faire la traduction pour rien ! A force d'efforts, Jacques Behar, le "big boss", a fini par venir me voir pour me demander "Vous croyez que ce jeu pourrait avoir du succès en France ?" Le "oui" que j'ai prononcé à ce moment-là a dû être si fort que les Lapons ont pu l'entendre... La suite appartient à l'histoire des JdR dans notre pays.

Quelle a été votre première traduction pour l'Appel ?
J'ai commencé par traduire la première version des règles. Au bout de trois mois de travail intensif, la deuxième version est parue... et on m'a demandé de la traduire. Je devais TOUT reprendre à zéro ! A cette époque je bossais sur une vieille Remington sur laquelle il manquait des touches (le "q" notamment). Imaginez le bonheur. La première traduction a été très dure. Car tout le monde craignait que le jeu se ramasse, ce qui aurait eu des conséquences désastreuses pour Descartes. je subissais une pression constante. Brrr, durs souvenirs.

Travaillez-vous seul ?
Toujours. J'ai déjà essayé de traduire en collaboration, mais les Profonds s'accommodent mal de la présence des humains...

Combien en avez-vous fait, de traductions ? Et si vous pouvez... lesquelles ?
J'ai traduit toutes les versions de l'AdC en français et quelques suppléments, plus 90% de la gamme Star Wars, Mythos, Dark Age et des tas d'autres trucs dont le titre m'échappe. J'ai un rayonnage de bibliothèque rempli de mes "jobs". C'est la seule chose, aujourd'hui, qui me permet de me dire que je n'ai pas passé ma vie qu'à manger des arachides.

Connaissez-vous bien Sandy Petersen ? Avez-vous des contacts avec lui ? Et avec d'autres auteurs américains travaillant sur l'Appel (Keith Herber, ...)
J'ai eu le plaisir de rencontrer Sandy dans les années 80, à l'occasion du Salon des jeux de Paris (je lui servais d'interprète). Nous nous sommes découverts une passion commune pour les jeux napoléoniens (ça m'a passé), mais il n'était pas facile de communiquer avec lui. C'est un Mormon (je crois) et il est assez renfermé. J'ai eu plaisir à découvrir qu'il avait participé au jeu PC "Doom", auquel j'ai beaucoup joué, il y a quelques années. J'aurais adoré rencontrer Keith Herber qui a écrit quelques uns des meilleurs scénarios de l'AdC. Sinon, j'ai vu plusieurs fois Greg Stafford, qui est un gars adorable, comme vous le diront tous ceux qui le connaissent.

Vous avez déjà écrit des oeuvres originales (du style scénar Casus comme "Question de survie"), y en a-t-il beaucoup d'autres ?
Oh oui, j'ai écrit pas mal de scénarios dans CB et d'autres publications. Quelques petites choses pour l'AdC (les aventures des premiers écrans AdC), mais je ne me considère pas comme un "auteur." Je suis trop rationnel pour ça (eh, j'ai une formation de juriste à la base).

Votre avis sur les productions françaises ?
(sachant que Sandy Petersen a glorifié Les Années Folles, ça motive ;)
Les Années Folles a été écrit par ma belle soeur (nous sommes une vraie famille de Profonds !) et je trouve cette boîte géniale. Et qu'on ne vienne pas mettre en cause mon objectivité ! (Sourire.) Nightmare Agency est un supplément conçu par un ami (Olivier Piechaczyk) qui dirige aujourd'hui une troupe théâtrale. Il a eu la gentillesse de me créditer, alors que ma contribution s'est limité à quelques conseils. L'idée de "Nightmare" était vraiment excellente et il est dommage que la suite de la campagne n'ait pas vu le jour. En règle générale, les suppléments français sont d'excellente qualité, mais il faut dire que les critères de jugement retenus par Descartes ont toujours été très sévères.

Vous seriez un monstre du mythe, lequel ?
Nyarlathotep , sans l'ombre d'une hésitation ! Normal, pour quelqu'un qui a été successivement (et parfois simultanément) : juriste, traducteur, journaliste, rédacteur en chef adjoint, directeur de rédaction, gérant de SARL, guitariste de rock, animateur radio, formateur, grand consommateur d'arachides, animateur TV, compositeur de musiques pour vidéo institutionnelles, flûtiste de session, concepteur de site web, webmaster, etc. Et les nuits de pleine Lune, mon dos se hérisse de poils !

A combien estimez-vous votre SAN ?
Entre 0 et 0,5 point. J'ai vraiment du mal à faire accepter à mes voisins que certains rituels sanglants doivent impérativement se dérouler dans la rue, devant chez moi...

L'Appel

Quelles sont selon vous les qualités d'un bon scénar Cthulesque ?
Il doit être subtil, surprenant, effrayant et susceptible d'enflammer l'imagination. Par Exemple, mes favoris de tous les temps sont "La Malédiction de Chaugnar Faug'n" (in "La malédiction des Chtoniens") et "The Wail of the Witch" (un scénario US non traduit).

Quelles sont selon vous les qualités d'un Gardien des arcanes ?
Il doit être à la fois un conteur, un comédien, un metteur en scène... et un gars sympa ! Pour moi, les pires Gardiens sont ceux qui finissent par se prendre pour Dieu et qui oublient le plaisir de leurs joueurs.

Quelles sont selon vous les qualités d'un Investigateur ?
Prudence, réflexion et richesse de caractère. Quand un perso a un background "fouillé" il peut multiplier par deux le plaisir de son joueur... et des autres participants.

Quelles sont selon vous les qualités d'un bon méchant sectateur ?
Ruse, subtilité, violence démente. Personnellement, j'aime bien les méchants à "plusieurs facettes", du genre : gentil le jour, abominable la nuit. Le monde réel a connu de bons exemples de ce genre de dingues. Un de mes favoris, le tueur en série Ted Bundy qui a atteint des sommets dans l'abomination, tout en jouant les bourgeois respectables. Et puis, comme le disait Hitchcock, il faut soigner les méchants. Ce sont souvent eux qui donnent du piment à une histoire...

Jouez-vous ou jouiez-vous avec de la musique et des bougies ?
Oui ! ! ! Les bougies sont vraiment indispensables. Et si on peut jouer dans une cave, c'est encore mieux ! Côté musique, la BO du film The Thing (John Carpenter) par Ennio Moricone a toujours ma favorite.

Étiez-vous plutôt joueur ou maître ?
MJ. J'ai formé quelques autres maîtres, mais ils voulaient toujours être joueurs avec moi...

Si vous étiez maître, plutôt conteur, action, tueur, angoissant ?

Angoissant. Le genre Anthony Perkins dans Psychose I (sourire).

Que pensez-vous de l'Avenir du jdr, surtout en France ?
Pour Cthulhu y a pas à s'en faire, on est tous là ! Le JdR vit une crise de croissance en ce moment. La presse informatique spécialisée (et souvent crétine) a eu trop tendance à assimiler JdR classique et jeu vidéo. Il va falloir un peu de temps pour que les pendules soient remises à l'heure. Le JdR est une activité sociale unique, mais il faut la sortir du ghetto dans laquelle elle a été enfermée par quelques boutonneux complexés...

Votre pire souvenir de partie ?
Une partie improvisée à l'AdC avec quelques camarades rédacteurs de Casus Belli. J'étais très fatigué et tout a tourné mal dès le départ. Les joueurs n'avaient aucune imagination... le Gardien non plus, d'ailleurs.

Votre meilleur souvenir de partie ?
Ma première partie de l'AdC. J'en ai fait des cauchemars et pourtant j'étais le Gardien ! Je suis allé faire une émission de radio juste après l'avoir finie. Ma voix a tremblé pendant deux heures. Tout ça avec "La Maison de Corbitt" ! ! !

Votre perso fétiche ?
Bruce Jameson. Il est mort entre les griffes d'Y'golonac. Paix à son âme.

Que pensez-vous des créations "webesques" ?
Y voyez-vous une partie de l'avenir du jdr ?
C'EST l'avenir du jeu de rôle. La presse spécialisée a toujours eu trop tendance à se "parisianniser" et à développer un côté élitiste (un travers contre lequel j'ai beaucoup lutté au sein de Casus Belli). Aujourd'hui, les joueurs peuvent créer leur propre publication de jeu, sans que cela leur coûte bien cher. Si j'avais disposé de ce média en 83, j'aurais fait un sacré tapage !
Cordialement.

Jean Balczesak
Descartes Éditeur
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